A Machandel, village allemand, la Russe Natalia fait partie de ces personnes au destin frappé par deux dictatures : la stalinienne puis l’hitlérienne. Adolescente, la fille de Smolensk voit ses parents emmenés de nuit par le KGB. Deux ans plus tard elle est raflée pour être envoyée comme travailleuse forcée en Allemagne. «Budj silnoi», lui avait lancé sa mère lors de sa propre arrestation. «Juste ces deux mots. Je me les suis répétés sans cesse, ma vie durant. Quand c’était difficile, je fermais les yeux et je revoyais le visage de maman : Sois forte.»
Natalia est l’un des très beaux personnages de Machandel, premier roman de Regina Scheer, née en RDA en 1950 et autrice de plusieurs ouvrages historiques sur les Juifs d’Allemagne. Sa localité fictive du Mecklembourg, avec sa chapelle et ses maisons à colombages, est percutée en plein par les grands événements du XXe siècle. Et le point culminant est ce chaos de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Des flux de populations harassées traversent la localité depuis l’Est, certains s’y installent : déportés, travailleurs forcés, réfugiés allemands fuyant l’Armée rouge. Des images impressionnent. Un ancien détenu d’un camp de concentration, le communiste Hans Langner, se rappelle : partout des édredons avaient été jetés au bord des routes, les




