Après avoir publié dans ses précédents livres des témoignages de Syriens et surtout de Syriennes dans leur pays déchiré par la guerre, Samar Yazbek rapporte les récits de rescapés du carnage à Gaza dans Une mémoire de l’anéantissement. Elle a rencontré, pendant plusieurs semaines au Qatar, des familles de mutilés ou de malades dans le complexe Thumama en plein désert où sont accueillis 2500 patients avec leurs proches. Dans une série de 26 récits à la première personne, des Gazaouis entre 13 et 65 ans racontent leur tragédie. Il s’agit du travail d’une «écrivaine pour qui les mots et la narration sont une manière d’exprimer la compassion», dit Samar Yazbek dans l’introduction.
Comment en êtes-vous arrivée à recueillir des témoignages de Gazaouis ?
C’était tout à fait imprévu. J’étais en train d’écrire un roman et je me préparais à aller au Soudan car j’avais entendu parler de femmes qui se suicidaient pour échapper au viol. Il s’agissait de viols en série dans des maisons où étaient placées les femmes que les hommes venaient violer les uns après les autres. Je me trouvais alors au Qatar auprès de ma fille hospitalisée suite à un accident quand j’ai appris par hasard que des blessés graves de Gaza étaient là pour se faire soigner. Ils étaient logés dans un centre médical spécialisé dans le désert près de l’aéroport de Doha. Je m’y suis d’abord rendue dans l’idée de me porter volontaire auprès de ces familles, notamment des jeunes femmes. Je ne pensais pas à




