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C’est l’histoire d’une errance infinie, celle de Jess, 16 ans et déjà seule au monde, ballottée, sans projet ni espoir. Sa mère ne l’a jamais aimée, sa sœur est trop jeune pour comprendre ce qui se passe, son père a disparu depuis longtemps et son premier amour ne vaut pas un clou. Alors, Jess part sur les routes, rencontre d’abord Nina qui lui vient en aide et surtout, lui fait découvrir la nature, entre montagne et rivière, vers les gorges de l’Ardèche, la mer, le Sud. L’histoire pourrait s’arrêter là, comme une vision bucolique, une nature idyllique, mais Patrice Gain n’est pas un optimiste et plonge son héroïne dans un monde où les adultes sont souvent des salauds. La fuite continue et ne s’arrêtera pas de sitôt. Jess a faim, froid, vit comme un Robinson, rencontre un vieil homme amical, dort dans un campement de fortune et grandit trop vite.
Dans un univers violent, elle se fait violente aussi, tue de sang-froid les hommes qui se mettent en travers de sa route. Pourtant, elle reste une enfant poussée trop vite, un peu naïve, toujours perdue. Il n’y aura jamais de vrai repos dans ce roman qui décrit la vie des précaires cherchant un abri de fortune et juste de quoi se nourrir le lendemain. Jess vit des nuits de frayeur quand la montagne gronde. Elle connaît aussi des instants de douceur quand le paysage s’ouvre sur la beauté d’un matin calme, d’un point d’eau fraîche où elle peut se baigner.
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Cet état sauvage est le seul bon côté de l’histoire car dans ce roman noir, les flics enquêtent, les voyous poursuivent leur traque, les amis disparaissent. Le lecteur est sans cesse bousculé comme les personnages, marchant au hasard, sans boussole ni carte routière, croisant des bêtes inattendues, des ombres inquiétantes. «Au col, il y avait un vent fort qui accentuait la sensation de froid. Le ciel était sans éclat. Ce que donnait à voir le versant opposé était désolant… Je ne savais plus pourquoi je marchais, ni même si ça avait un sens. Je voulais qu’on m’aime, qu’on déchiffre mes lèvres, qu’on efface mes peines. Je voulais que quelqu’un vienne me chercher…» Mélancolique, désespérée même, Jess continue pourtant, avance, voit filer les années, essaye de croire encore à la chance et cette opiniâtreté rend le livre bouleversant et intense.




