A la fin des années 1980, à 14 heures, à la campagne, dans une ferme du sud de la France, chacun vaque à ses occupations, chacun est dans son monde. Marguerite prépare la pâte à pizza pour le soir. «Tout se faisait à la main et à l’œil, un peu au nez, un chiffon sur l’épaule, farine blanche sur le tablier.» Il manque ce qu’elle appelle «la grâce de Dieu», soit une pincée de sel. Elle est catholique et croyante. L’enfant n’est pas loin, couché sur le tapis, «dans l’ombre encore fraîche du salon». Il a quoi, 11 ou 12 ans. Il est «bercé par la rumeur familière des bruits et des éclats, des ustensiles remués, de la musique de l’eau dans l’évier, des pas et des demi-mots, l’agitation rassurante de Marguerite et Marraine dans la cuisine».
Pour l’instant, il préfère ne pas sortir «dans la grosse chaleur lourde». Orphelin de père depuis l’âge de 3 ans, il est «chéri par chacun. Surchargé d’amour» par sa grand-mère, Marguerite, et par sa mère, le reste de l’année, en «ville». Habitent également à la ferme son oncle et «Marraine». Tous les étés, pour les vacances, le petit garçon y séjourne. Thomas Vinau déroule l’une de ses journées parmi les adultes entre 7 et 22 heures. Elles se ressemblent toutes. La présence de l’enfant sert d’aiguillon, à son contact, Marguerite part vers ses souvenirs. Elle appartient à une génération et à une classe sociale éprouvées par «la tempête de l’histoire».
La traversée de la Méditerranée
«Les grands-parents de Margueri




