On ne sait pas si on doit en vouloir à Maïté Grandjouan ou la remercier. En ouvrant son dernier ouvrage sur le deuil amoureux, Tout ce que je n’ai jamais dit, on ne pensait pas qu’elle obligerait autant le lecteur à se plonger dans ses propres souvenirs.
L’autrice trentenaire, qui expose également en ce moment à la galerie Martel à Paris, publie une troisième BD radicale en apparence et pourtant d’une limpidité exemplaire. Si dans ses deux premiers albums, que l’on avait déjà salués, Fantasma et Léna-la-très-seule, elle n’était déjà pas bien bavarde, elle avait gardé une narration discrète permettant de suivre une histoire. Là, rien de tout ça. Dix mots, tout au plus. Seulement une succession de tableaux, représentant des objets, des décors d’intérieur, des paysages vides ou abandonnés, autant d’espaces liminaires, elle qui aime tant jouer avec une esthétique, si ce n’est horrifique, au moins inquiétante.
Fragment d’histoire
Ce sont des routes toutes plates serpentant dan




