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Histoire

«Un Empire de velours», l’autre emprise coloniale

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L’impérialisme français ne s’est pas seulement illustré avec des conquêtes militaires et la colonisation de territoires, il a aussi exercé, rappelle David Todd, une domination économique et culturelle dans plusieurs régions du globe.

Le monument au général français Lamoricière (1806-1865) et aux zouaves, à Koléa, en Algérie, pendant la colonisation. (Léon & Lévy/Roger-Viollet)
Par
Sylvain Venayre
Publié le 05/10/2022 à 23h22

Un spectre hante l’historiographique britannique : «l’empire informel». Depuis les années 1950, on discute beaucoup, outre-Manche, de ce que fut naguère «l’empire sur lequel le soleil ne se couche jamais». Il excédait considérablement, dit-on, les territoires coloriés en rouge sur les mappemondes de la fin du XIXe siècle. L’empire n’était pas seulement constitué par les îles britanniques, le «Raj» indien, les dominions du Canada, de l’Afrique du Sud, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, les colonies et toutes les formes de la domination territoriale britannique outre-mer, telles celles qui avaient été établies en Egypte et au Soudan. Il y avait, outre ces immenses possessions, un «empire informel», fait de domination économique, financière et culturelle, qu’on pouvait repérer dans de multiples lieux, depuis l’Argentine jusqu’à la Chine en passant par le Proche-Orient. Surtout, les deux empires étaient solidaires : la suprématie britannique avait d’abord été pensée comme le résultat de moyens informels. Les annexions formelles auraient été des nécessités fâcheuses, d’abord dues à l’échec de toutes les autres formes de domination.

Depuis soixante-dix ans, l’historiographie française a observé ces débats avec l’intérêt poli qu’on accordait à l’histoire d’un pays voisin. Dans le cas français, les choses auraient été plus nettes. Le retard de développement économique, la dimension militaire prise par l’impérialisme à partir de la conquête de l’Algérie, da

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