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Roman

«Un rêve lointain» de Don Carpenter, cuite et fin

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Le cahier Livres de Libédossier
Alcoolisme, insomnie, suicide… Dans son dernier roman publié de son vivant, l’auteur américain ramasse son propos et boucle sa boucle.
Une mère et ses enfants à San Francisco dans les années 1970 ou 1980. (Shanina/Getty Images)
publié le 2 décembre 2023 à 13h22

Seule dans son lit, un lundi à trois heures du matin, après un week-end à faire le ménage et à boire, Jackie Jeminovski cherche le sommeil et compte les heures. «Si elle se levait et allait se chercher une Green Death, est-ce que cela l’aiderait à dormir ? Jackie envisagea de se reprendre une cuite avec un ou deux shots de vodka, par exemple, suivis d’une ou deux bières, et de se pieuter.»

Elle s’inquiète pour ses enfants, pense au temps où elle était hôtesse de l’air et voyageait dans le monde entier, songe à se remarier (Al ? «Elle pourrait épouser Al», oh et puis non : Al est trop «bizarre») avant, tout naturellement, d’envisager le suicide comme une option toujours possible et dans le fond plutôt rassurante. «Elle avait des couteaux dans la cuisine», mais c’est une terrible idée. «Avait-elle des cachets ?» Pas assez pour que ce soit mortel. Tiens, et si elle ouvrait le gaz et faisait tout sauter ? Trop dangereux pour les voisins – lesquels n’ont, après tout, rien demandé. Une chose en entraînant une autre, voilà qu’il est 3 h 26. Jackie se lève, passe aux toilettes et va prendre une bière au frigo. «Ça ne dérangerait personne qu’elle se prenne une bière.» Personne ne l’observe, à part «le petit Jésus» et Don Carpenter lui-même, qui signait là, en 1988, le dernier roman publié de son vivant – longtemps malade, il se su