Chaque semaine, coup d’œil sur l’actualité poétique. Retrouvez tous les articles de ce rendez-vous ici.
Il y a une bonne et une mauvaise nouvelle pour commencer l’année poétique et nous allons commencer par la mauvaise : la publication de Décharge s’interrompt. «La fin d’une revue me semble dans l’ordre des choses», explique sobrement celui qui en était l’animateur depuis l’origine, Jacques Morin, dit Jacmo. Décharge existait depuis 1981 et proposait, tous les trimestres, des découvertes de jeunes auteurs, des dossiers thématiques et des critiques. Un travail indispensable et important. «J’ai consacré ma vie à cette passion dévorante qu’est pour moi la revue de poésie, écrit Jacmo, né en 1950, dans le 200e – et dernier, donc – numéro de Décharge. J’avoue que c’est une tâche prenante et que j’ai moins d’énergie et de ressort pour y arriver, voire moins d’envie.»
«Ça a de la gueule d’arrêter net ainsi la machine quand la formule est au point et que le moteur tourne rond, a réagi le poète Jean-François Dubois à cette annonce, mais sans attendre, pour quelques numéros de plus, que s’insinue insidieusement le ronron.»
Une visibilité essentielle
Et la bonne nouvelle, alors ? La version web de Décharge, elle, survit au changement d’année. «J’ai décidé, pour l’heure, d’affronter les probables futures erreurs de vieillesse dans la tenue du journal de l’actualité poétique sur le site», écrit avec malice Claude Vercey, collaborateur de longue date de Jacmo. On continuera donc à lire sur le Net les chroniques des dernières parutions poétiques.
En outre, la collection Polder, elle aussi, se maintient. Historiquement adossée à la revue Décharge et dirigée par Vercey, elle publie quatre fois par an un court recueil (papier) d’un ou une jeune poète. Un premier pas et une visibilité essentiels pour beaucoup d’auteurs non encore édités. Bref, Décharge est morte mais bouge encore bigrement. Et on peut, pour soutenir Polder, s’abonner : tout est expliqué sur cette page.
La dernière livraison de Polder, qui a atteint elle aussi le numéro 200, est consacrée à Arnaud Talhouarn. Dans cet Avant-guerre, il livre une poésie particulièrement efficace, dense, à travers des «poèmes en prose libre qui se tiennent droit», selon le mot du préfacier Guillaume Decourt. Voici l’un des textes du livre.
Vibrations
Eté tempéré immobile comme une
volumineuse stèle
chambre claire
défroissement d’ailes qui font vibrer l’air
comme un ciseau le papier
puits de lumière
forêts du Danemark
sans ornements de fête
nous sommes attendus ailleurs.
Rareté de l’amour
pesanteur des travaux inutiles.
La musique me tourne non pas vers le
monde mais vers l’intérieur
et l’intérieur, comme on sait, est immuable.
Poussiéreuse planisphère des souvenirs.
Il nous restera le plaisir des vieillards.
Au félin, crocs festonnés de bave, qui
haletait dans les flancs épais de ce minuit
à une pénétration spirituelle hautement
souhaitée
«au soleil en équilibre
à l’amour qui n’a jamais le goût du fer
au fœtus
à moi qui me croyais libre.»




