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Roman

«Une tombe pour deux» de Ron Rash, les stèles du temps

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Un fossoyeur et sa protégée sont au cœur de ce roman situé dans un comté de Caroline du Nord.

Dans un cimetière de Caroline du Nord. (Leon Justice/Getty Images)
Publié le 12/10/2024 à 1h14

La petite ville de Blowing Rock, comté de Watauga en Caroline du Nord, compte un cinéma, une quincaillerie, une scierie, une épicerie, un bureau de poste, une église évidemment et n’oublions pas le médecin ni la fleuriste, deux seconds rôles sympathiques. La scierie et l’épicerie appartiennent aux Hampton, des gens comme il faut, et même un peu plus, qui se sont montrés secourables pendant la Grande Dépression. Il s’agit d’un couple éprouvé par la vie. Ils ont perdu deux filles, aussi couvent-ils leur fils Jacob. Mme Hampton est gentille avec le meilleur ami de celui-ci, Blackburn Gant, un pauvre garçon défiguré par la polio à qui le Révérend a donné le job de gardien du cimetière. Blackburn n’avait que 16 ans, il en a 21 à présent. Ses parents, des métayers, sont partis sans lui en Floride.

Il aurait dû épouser la fille du quincaillier

Les Hampton auraient aimé voir leur fils aller à l’université mais Jacob n’en fait qu’à sa tête. Il a jeté son dévolu sur une fille de rien, une adolescente nommée Naomi dont le père veuf tient une ferme dans le Tennessee, alors qu’il aurait dû épouser la fille du quincaillier. Le 28 juillet 1949 – Naomi a noté la date – Jacob a un coup de foudre pour elle devant le cinéma. Deux mois plus tard, il l’épouse et ses parents le déshéritent. Naomi, il faut bien le dire, n’aurait pas détesté acheter des jolies robes avec l’argent des Hampton si elle en avait vu la couleur. Mais l’amour de ces deux-là est plus fort que tout. Il faut bien le dire aussi. Naomi est enceinte. Quand Jacob est mobilis

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