Un chien particulièrement fier et élégant, qu’une vieille dame trouva sous un banc public, a écrit ses mémoires. On y découvre que Marthe Lechat, mamie solitaire et secrète, l’accueille chez elle et lui donne le nom de Bernard. Il ne se souvient pas de son passé, peu importe, le présent est bon. Ils s’aiment, mangent à la même table et se promènent dans les parcs. Bernard comprend les humains, est même assez fin d’esprit, mais parfois Marthe parle dans une langue inconnue. Et puis il ne sait pas pourquoi le dîner du vendredi se fait toujours aux bougies ou pourquoi Marthe ne supporte pas les étoiles. Il aurait bien voulu une étoile plutôt qu’un disque à son collier. Un jour, lors d’une balade, ils croisent une meute de chiens errants et moqueurs. Bernard veut sauver l’honneur de son amie, il aboie et tire sur sa laisse mais ils n’en sont que plus hilares. Marthe est déçue par son agressivité, Bernard est perturbé. La nuit venue, il décide de sortir discrètement pour aller s’expliquer à tête reposée avec ses congénères. Il les retrouve dans une ruelle lugubre, assis sous une banderole où il est écrit «ni dieu, ni laisse».
A travers des personnages canins, sensibles et respectables, Frédérique Elbaz parle de bonheur, de liberté mais aussi de violence et d’abandon. Bernard rencontre ainsi des chiens abandonnés, malheureux, qui se sont fait une raison de leur condition. Sans maître, donc sans laisse, ils ne dépendent que d’eux-mêmes. Le chien de salon qui leur rend visite se fait chahuter tel un bourgeois qui croiserait une bande de punks.
«Si tu crois qu’avoir quatre pattes, un museau et trois poils qui se battent en duel ça suffit pour être un chien, mais mon pauvre clébard du dimanche, t’es dans le flou ! T’es presque un chien et, si tu choisis pas ton camp, t’es presque pas un chien, conclut Ché. D’ailleurs ici, tu seras plus Bernard. Bernard t’oublies, tu t’appelleras Presque.» Chiens de labo, chiens lâchés par les enfants de leurs maîtres morts, chiens sans colliers, ils se sont donné de nouveau noms : «Un nom d’emprunt, c’est un nom fait pour oublier.» Bernard passe ses journées avec Marthe dans le confort et avec un bonheur évident, toutefois sa laisse commence à lui peser. La nuit, Presque enlève son collier et traîne avec Einstein, Rita, Monthy, Nirvana… Les rues sont froides et sales, ses amis ont faim, ils fuient les képis bleus. Mais ils sont libres, et la liberté leur coûte moins cher que la compagnie des hommes. Bernard/Presque ne sait plus trop qui il est, ni quelle est la vie la plus digne.
Bientôt, il découvrira la cruauté des hommes, ou plutôt des «presque humains», qui le mettent à la fourrière et internent Marthe parce qu’elle parlait en yiddish toute seule dans la rue. Après divers rebondissements, les personnages devront s’échapper et tous se retrouver. A la recherche de la bonne vie, ils devront réapprendre la confiance en l’autre, et réconcilier le bonheur avec la liberté.




