Que la pétanque soit un sport local, c’est une chose. Qu’on utilise une boule pour éclater la vitrine d’une librairie marseillaise en est une autre. C’est ce qui est arrivé en juin 2024 au Petit Pantagruel, alors que la boutique avait mis en vitrine des peluches portant des slogans antifascistes et invitant à faire barrage à l’extrême droite. «La petite musique a commencé à monter au moment des législatives», observe Sana Belaïd, du syndicat CGT Librairies et elle-même libraire à Paris.
Au cours du seul mois de décembre, deux autres lieux marseillais ont été visés : les Sauvages et la librairie associative Transit, que Michel Touzet a cofondée. Il dénombre en tout trois actes de pression sur son lieu de travail lors de l’année écoulée. Le premier, un tag en hébreu qui appelle au triomphe d’Israël sur la devanture de la boutique ; le deuxième, une mobilisation, devant les locaux, du collectif sioniste Nous vivrons, alors qu’une rencontre autour de l’ouvrage le Sionisme, une invention européenne de Sonia Dayan-Herzbrun, était organisée en partenariat avec le collectif juif décolonial Tsedek. Le dernier : un dessin d’une croix celtique sur la vitrine, emblème de la culture nordique détournée par des groupuscules néonazis. L’association a l’intention de porter plainte dans les jours qui viennent, «surtout pour faire date», précise Michel Touzet, et «pour que la justice prenne acte de ce genre d’incidents».




