En février 1961, Vie et destin est arrêté, comme on le dit d’une personne. On peut calomnier un livre plutôt que celui qui l’a écrit. Le roman met explicitement en miroir deux régimes totalitaires, communiste et nazi. Son auteur, Vassili Grossman (1905-1964) pensait que la mort de Staline en 1953 avait adouci la répression et que son texte ne rencontrerait pas d’obstacle. Il en poursuit l’écriture jusqu’en 1959 puis, en le soumettant à une revue, il réalise que le dégel a ses limites. En février 1961, les policiers du KGB débarquent chez lui. Ils arrêtent donc le manuscrit, et demandent à Grossman de les suivre. Une heure et demie plus tard l’écrivain est relâché – un effet du dégel. Il raconte «qu’on a saisi tous les autres exemplaires du roman, jusqu’au papier carbone que les dactylos ont utilisé pour taper le texte. Le livre de sa vie s’en est allé, non vers l’imprimerie mais, semble-t-il alors, vers le néant.» L’histoire est connue : le KGB estime que Vie et destin pourra paraître dans 250 ans. Heureusement Grossman en avait confié un exemplaire au poète Semyon Lipkin et il sera transmis en Occident en 1974. L’arrestation, et la lettre qu’envoie plus tard à Khrouchtchev Vassili Grossman pour plaider la libération de son roman («C’est comme prendre un enfant à une mère») sont des passages très intéressants de Souvenirs et correspon
Vassili Grossman, vie et métamorphose
Réservé aux abonnés
Des «Souvenirs» inédits de l’auteur soviétique persécuté.
Vassili Grossman vers1960. (Bridgeman Images)
Publié le 25/02/2023 à 3h16
Pour aller plus loin :
Dans la même rubrique
Nos newsletters

Alerte Libé
Les alertes, infos et enquêtes Libé à ne pas manquer

Libé Matin
Le brief matinal idéal pour bien commencer la journée

Opinions
Les billets, éditos, tribunes ou chroniques qui font débat

Toutes nos newsletters
Actualité, politique, lifestyle... découvrez toutes nos newsletters

Les plus lus