Parce qu’il fallait bien manger, a-t-il souvent répété, Vitaliano Trevisan a été jusqu’à la fin de sa vie enseignant, scénariste, dramaturge mais aussi acteur. Il tient ainsi le premier rôle du film Primo amore (2004) de Matteo Garrone, dont il est également coscénariste. Le titre est emprunté à Beckett. Son personnage, nommé Vittorio Trevisan, est obsédé par la séparation du corps et de l’esprit. Il entreprend de faire maigrir la femme qu’il «aime» afin que son mental corresponde aux formes osseuses qu’il désire. En parallèle, on le voit consulter régulièrement un psychiatre, sans que celui-ci arrive à le convaincre qu’il violente la jeune femme par son emprise. Comme on s’en doute, cela finit très mal.
«C’est avant tout la maladie de Garrone qui est au cœur de l’intrigue, et non la mienne», expliquait l’auteur en 2015, lors d’un séminaire à l’université de Padoue. «Mais souffrant moi-même de mélancolie depuis ma naissance, je me suis senti obligé d’aborder ce sujet.» Sa scission, sa dissociation à lui, c’est plutôt le dedans et le dehors : «le vide




