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Musée du Louvre : la grève votée «à l’unanimité» par le personnel, le musée sera fermé toute la journée

Le personnel de l’établissement était réuni en assemblée générale ce lundi 15 décembre depuis 9 heures afin de dénoncer les conditions de travail et d’accueil du public.

Lors de la mobilisation du personnel du Louvre, lundi à Paris. (Blanca Cruz /AFP)
Publié le 15/12/2025 à 9h18, mis à jour le 15/12/2025 à 12h25

Première grève depuis le casse spectaculaire du 19 octobre. Les portes du musée du Louvre vont rester closes ce lundi 15 décembre en raison du vote «à l’unanimité» des personnels du musée le plus visité au monde d’une grève reconductible, ont indiqué à l’AFP la CGT, la CFDT et Sud. Dès 9 heures, les salariés du musée du Louvre étaient réunis ce lundi 15 décembre, pour voter la grève reconductible. Ils protestent contre des «conditions de travail toujours plus dégradées» et la détérioration de l’accueil du public dans le musée, dont le casse retentissant en octobre a mis à nu les dysfonctionnements. «Visiter le Louvre est devenu un véritable parcours du combattant», soulignent les représentants du personnel dans le préavis de grève adressé le 8 décembre à la ministre de la Culture, Rachida Dati.

«On est en colère», «nous ne sommes pas d’accord avec la manière dont le Louvre a été géré», a déclaré ce lundi matin devant la presse Elise Muller, agente de surveillance Sud Culture. Valérie Baud, représentante CFDT, a quant à elle souligné que le mouvement est «interprofessionnel», regroupant métiers de la «conservation, agents d’accueil et de surveillance, professions support, juristes, graphistes».

Plusieurs dizaines d’agents ont ensuite déployé devant la pyramide une banderole indiquant «Le Louvre en lutte pour des conditions de travail décentes, hausse des salaires, + d’effectifs contre la vétusté du palais et le projet LNR» (Louvre Nouvelle Renaissance, projet de rénovation à grande échelle annoncé par Emmanuel Macron), scandant «tous ensemble, tous ensemble», ont constaté des journalistes de l’AFP.

A 9 heures, les portes du musée étaient restées closes devant une file de visiteurs patientant, billet à la main, d’abord éconduits jusqu’à midi. La direction du Louvre a finalement indiqué que le musée serait «fermé toute la journée». Selon les syndicats, une prochaine assemblée est prévue mercredi à 9 heures, le mardi étant la journée de fermeture hebdomadaire du Louvre. La réunion de lundi a regroupé près de «400 personnes», avait précisé un représentant de la CFDT.

«Beaucoup plus de grévistes que d’habitude»

Il faut «un changement de braquet […] concernant les priorités et les urgences» du bâtiment, «à savoir la sûreté, la rénovation du bâtiment», a aussi déclaré le délégué CGT Christian Galani, mobilisé devant le musée. Il a rappelé que la filière accueil et surveillance avait «perdu 200 équivalents temps-plein en l’espace de quinze ans, alors que la fréquentation a augmenté de moitié».

«On se prépare à une mobilisation puissante. On aura beaucoup plus de grévistes que d’habitude», avait prédit Christian Galani de la CGT, syndicat majoritaire au Louvre, qui dénonce, comme les autres organisations professionnelles, des problèmes de sous-effectifs. Un débrayage d’une journée avait déjà eu lieu en juin, avec les mêmes revendications

Pour tenter d’éviter une fermeture du musée à l’approche des vacances de Noël, des réunions avaient eu lieu la semaine dernière au ministère de la Culture avec les syndicats, dont une avec Rachida Dati en personne. Face aux syndicats, la ministre s’était engagée à revenir sur la baisse de 5,7 millions d’euros de dotation publique au Louvre prévue dans le projet de loi de finances 2026. En 2024, le musée a perçu 98,2 millions d’euros de subventions de l’État.

Il n’y a eu «aucune autre avancée significative», selon la CGT, mais la CFDT assure que les discussions se sont déroulées de «façon intelligente et apaisée». «Pas d’annonce tonitruante, pas de colère, chacun comprend les deux parties», avait assuré sa déléguée Valérie Baud, interrogée la semaine dernière par l’AFP.

Une réorganisation du musée «en profondeur»

En parallèle de ce conflit social, le musée doit faire face à une réorganisation à marche forcée et continuer de répondre aux interrogations sur les failles qui ont permis à un commando de s’emparer de huit joyaux de la Couronne, toujours introuvables.

Fragilisée, la présidente du Louvre Laurence des Cars devra, l’espace de quelques mois, travailler en tandem avec Philippe Jost, le haut fonctionnaire chargé du chantier de reconstruction de Notre-Dame, à qui Rachida Dati a confié vendredi la mission de «réorganiser en profondeur le musée». «Des mesures indispensables sont à prendre, bien au-delà de la sûreté et de la sécurité», a déclaré la ministre, sans donner plus de détails. «Toute réflexion sur l’avenir du Louvre ne saurait se limiter à une approche technico-organisationnelle», a réagi la CFDT, demandant de connaître le «périmètre exact» de cette mission.

Dimanche, un communiqué du ministère de la Culture a précisé que la mission de Philippe Jost serait menée en janvier et février et que ses premières recommandations étaient attendues «fin février 2026».

Cette semaine marque aussi la poursuite des auditions par la commission culture du Sénat, qui doit permettre d’obtenir des réponses sur les dysfonctionnements du musée, après avoir pris connaissance de l’enquête administrative lancée après le cambriolage.

Mardi, les sénateurs doivent entendre pour la première fois l’ancien président du Louvre Jean-Luc Martinez, destinataire pendant son double mandat (2013-2021) de deux audits alarmants peu suivis d’effets. Le lendemain, la même commission entendra de nouveau Laurence des Cars, à la tête du musée depuis fin 2021, pour comprendre notamment comment ces deux audits n’ont été découverts par l’actuelle direction qu’après le casse du 19 octobre.

Mise à jour à 10 h 25, avec le vote de la grève.
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