Un mardi d’hiver qui ne finit jamais, à l’aube de la trentaine. Le 17 février, le rappeur Earl Sweatshirt, 31 ans, apparaît dans les coulisses du Trabendo, dans le XIXe arrondissement de Paris – cache-cou cagoule, méga doudoune jaune, mini paquet de chips à la main – dans une petite loge un peu froide, mais réchauffée par un radiateur au max, au bout de la tournée de son dernier album, Live Laugh Love. Titre a priori ironique, en référence à un sticker mural terrifiant de normalité, mais plus sincère qu’il n’y paraît sur sa quête d’une vie ordinaire. «Bro… cette dualité, c’est ma vie entière», commence le rappeur dont la trajectoire raconte une génération qui a grandi entre deux siècles et deux mondes, réel et digital.
Skateur jackass
Thebe Neruda Kgositsile, de son vrai nom, est le fils de Cheryl Harris, professeure de droit spécialiste des questions raciales, et de Keorapetse Kgositsile, poète sud-africain et militant de l’ANC. Il nait en 1994 – «l’année de la fin de l’apartheid», précise-t-il – et grandit entre Chicago et Los Angeles, les lectures de poésie de son père, la pop culture américaine, les Monty Python, Calvin et Hobbes,




