La logique aurait voulu que le premier album de Billy Nomates soit à 2020 ce que Dry de PJ Harvey a été à 1992 – un disque âpre, cinglant, sapé de travers, sorti du trou du cul de l’Angleterre et devenu par on ne sait quel tour de bonneteau source unanime de fascination, des fanzines les plus pisse-froid aux anémiques feuillets culture de la presse de luxe. A ce stade du championnat, tout le monde connaîtrait par cœur les paroles acerbes de Hippy Elite, aurait fait de FNP la bande-son exclusive de ses libations nocturnes et saurait déjà tout de Tor Maries, femme à tout faire cachée sous ce pseudo carapace. Originaire de Bristol, passée par une poignée de groupes sans avenir, échouée sur le canapé de sa sœur à Southampton après une séparation compliquée, elle sera traînée, en pleine spirale dépressive, à un concert des Sleaford Mods. C’est là, électrisée par la prestation du duo, qu’elle décide de reprendre la musique et de désormais tout gérer elle-même – chant, instrumentation, production. C’est là aussi qu’elle trouve son nom de scène, croisant un vieil ami de lycée qui lui lance «Eh, mais c’est Billy Nomates !» – sobriquet que l’on pourrait traduire par «Zazie toute seule» ou «Gigi pas de bol».
Autant dire que le rendez-vous raté avec la gloire et les couvertures de magazines, Tor Maries s’en fout. Elle a encaissé pire et n’attend plus rien, se contentant d’avancer – pour ne pas tomber ou, au contraire, parce que rien ne peut plus l’arrêter. Dop




