Carrier, «Rhythm Immortal» (Modern Love)
La musique électronique en 2025 est si peu souvent à l’image de ce pourquoi la musique électronique s’est constituée – faire entendre les sons d’une civilisation inconnue ou d’un futur non encore advenu – que les rares disques encore faits de musique en formation nous intimideraient presque de leur audace à s’aventurer dans l’inconnu. La faute, précisément, aux deux premières décennies du millénaire dont l’essentiel de l’efflorescence créative a consisté à faire revivre les formes des ères où elle était la plus féconde et débridée. Elle accouche de moins en moins souvent de formes détachées des genres de ces âges d’or au point que son régime créatif tienne désormais moins de l’invention que de la variation. Guy Brewer, que ses diverses activités depuis le début des années 2000 (au sein du groupe drum’n’bass Commix ou sous le nom de Shifted) encouragent à regarder comme un vétéran, fait partie de ces fous qui composent comme on pose les planches d’un pont tendu au-dessus d’un précipice. Depuis qu’il s’est inventé le vaisseau Carrier en 2023, tout ce qu’il a sorti – cassettes, maxis, mixtapes – a rejoint illico le domaine de l’inqualifiable, voire de l’indescriptible. L’Anglais désigne d’ailleurs en premier responsable de son échappée belle les excès commerciaux de la techno – musique à danser et hypnotiser dont les morceaux inouïs de Rhythm Immortal, premier album de Carrier, ne sauraient être plus éloignés. De fait il faudrait inventer un nom voire un verbe pour décri




