C’est par un mauvais souvenir que démarre l’interview. En 2014, Chakeiya Richmond a 22 ans quand elle quitte Chicago, sa famille, la scène musicale locale, pour New York. «Je pensais sincèrement y trouver l’amour et qu’il me permettrait de guérir, avoue-t-elle. J’ai fui une vie très difficile, ma mère m’a eue alors qu’elle était encore adolescente. Sa propre vie avait été faite de violence, et elle devait élever seule ses deux enfants. Sans le savoir, j’ai amené ma dépression avec moi, à New York. Je suis passée outre des années durant. Et bien sûr, je n’ai pas trouvé l’amour.» Elle ajoute au milieu d’un rire : «Mais j’ai sorti mon premier album, ce qui est un peu la même chose finalement.»
Installée dans une grande pièce sur le large canapé des locaux parisiens de sa maison de disques, vêtue de noir, celle qu’on connaît désormais sous le nom de KeiyaA semble ne pas en mener large. Peut-être parce qu’à sa place, d’autres musiciens aux ego bien plus encombrants se sont succédé et qu’elle dégage une forme de normalité, une attitude légèrement maladroite qui tranche avec la maîtrise déployée dans son deuxième album, tout juste paru, où l’électronique modulaire s’invite chez une pop aux harmonies complexes et parée de rythmes jazz. Il faut cependant se méfier : d’une vie semée d’embûches, on n’arrive pas à un tel résultat artistique sans une force de caractère extraordinaire. Une fois l’humilité et l’impéritie dissipée, KeiyaA déploie en effet une droiture, u




