Quand le mini-album En attendant de Lala &ce nous est tombé sur le coin du nez comme un bout de météorite en 2017, il faut l’avouer en toute transparence, et en toute humilité : on n’en avait plus grand-chose à foutre du rap. C’était une forme d’ingratitude crasse puisque le rap nous a sauvé la vie, à l’adolescence. Rien n’avait jamais été et rien ne serait plus jamais aussi puissant que la découverte, au collège, début des années 2000, sur un lecteur MP3 pourri, de Sniper («la France est une garce», tout ça). Rien n’avait jamais autant résonné avec l’ennui et le désespoir profond qui peuvent naître dans un bled de campagne, dépourvu de transports en commun et de connexion internet correcte, où le reste du monde est totalement hors de portée quand on n’a pas de mobylette et où la notion de «perspectives» est un truc aussi enfumé que le bunker pisseux où on consume en cachette ses bédos de mauvais shit. Le rap n’était pas une option parmi d’autres : c’était, à nos yeux, la seule option possible. Lui seul pouvait formuler cette colère sourde née de l’impuissance, lui seul rendait l’existence tolérable. Des années plus tard, une fois apaisé le tumulte de la puberté, une fois l’enclave quittée, le rap perdait son sens – notre vie ne lui ressemblait plus.
Vingt ans après la raclée initiale, nous voilà en Seine-Saint-Denis, à La Courneuve, au pied du QG de Lala &ce. Après des débuts sur Soundcloud, quelques années à faire ses armes au sein du sulfureux collect




