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Le chanteur italien Giorgio Poi écrit aux éclats

En concert à Paris vendredi 19 septembre, le représentant de la pop italienne évoque son quatrième album, «Schegge», écrit à Rome après sa séparation et la mort de son père.

Le compositeur-interprète-multi-instrumentiste est revenu à Rome dix-sept ans après l’avoir quitté. (Ilaria Magliocchetti)
Publié le 18/09/2025 à 17h30

Il pleut à Rome comme il pleut à Paris. «Le mois de septembre vient toujours avec des émotions extrêmes, considère Giorgio Poi, 39 ans, qui apparait dans une fenêtre Zoom, une étincelle rieuse dans le regard et les mèches bouclées tombant sur son large front. Je suis soulagé que l’été se termine, mais le soleil me manque déjà.» Le 19 septembre, ce représentant de la pop italienne jouera à la Bellevilloise, dans le cadre des Nuits de la Bomba, rendez-vous des artistes du label Bomba Dischi (Calcutta, Ariette…) entre karaoké géant et concerts intimistes au bout de la bella stagione où il a présenté Schegge, son quatrième album pop sorti en mai, écrit dans un «moment de changement dramatique», résume-t-il avec pudeur, et entre deux saisons.

Dix-sept ans après avoir quitté Rome, pour vivre à Londres, puis à Berlin, puis à Bologne, le compositeur-interprète-multi-instrumentiste est revenu dans sa ville natale. «Avec ma copine, on s’est séparés, resitue-t-il. Ça a été la fin d’une relation de dix ans, je n’avais plus de raisons de rester là-bas, ma famille était à Rome, mes amis étaient à Rome, mon label était à Rome, ça avait du sens.» Peu après son retour chez ses parents, son père meurt soudainement. «Un soir, on a dîné et le lendemain matin, il a fait une crise et c’était fini, c’était vraiment choquant…»

Espoir

Sans réfléchir, il se met alors à écrire et traîne son spleen dans les rues de la capitale italienne, revisitant les lieux de son enfance, près du pont de la Musique qui surplombe le Tibre, où «tout est plus poli et plus riche» qu’auparavant. Où va-t-il ? Que cherche-t-il ? «Je n’en savais rien, j’avais juste besoin de marcher dans la ville en écoutant de la musique.» La nuit, il travaille sur plusieurs morceaux en même temps, porte la mélancolie à incandescence («Dans les poings serrés, seulement de la poussière, de la poussière, chante-t-il d’une voix plaintive sur Les jeux sont faits, en français dans le texte, «ne flirte pas avec l’abîme ou l’abîme te sourira»), navigue entre la tristesse plaintive et désabusée («On peut vivre sans vivre, mourir sans mourir), les notes d’ironie («Des musiciens sont morts de faim ou d’acouphènes», «toutes les chansons sont ridicules, je sais, je sais»), et un certain espoir vis-à-vis d’un monde qui commence quand un autre se termine. «Une lumière s’allumera, dans l’obscurité la plus tenace, chante-t-il sur Tutta la terra finisce in mare. Toute la terre finit en mer, et nous emmène avec elle, toi et moi aussi.»

Dans la fenêtre Zoom, il montre maintenant les guitares, la batterie et les basses qui peuplent l’appartement qui lui sert aussi de studio. Quand il travaillait sur Schegge, album résolument plus pop que Gommapiuma, sorti en 2021, il jouait lui-même de tous les instruments. «Ça me donne la liberté de jeter des choses, dit-il aujourd’hui. Je ne gâche le temps de personne et je peux être impitoyable avec moi-même, pas avec les autres.» Laurent Brancowitz du groupe Phoenix, dont Giorgio Poi a assuré les premières parties, a joué le rôle de superviseur. «On est allé prendre un café et je lui ai dit que j’aimerais lui faire écouter des morceaux sur lesquels je bossais et on est allé en studio, raconte-t-il. Ses retours ont été très importants parce que ça faisait trop longtemps que je travaillais dessus et j’avais perdu en perception.»

«Lâcher prise»

Le titre de l’album Schegge («les éclats», en français) s’impose naturellement. «Dans cette grande explosion, nous sommes les éclats», chante-t-il sur Giochi di gambe, le morceau qui ouvre l’album. «Je pense que je vivais en essayant de m’accrocher à certains aspects de mon existence, ma copine, mon père, ma famille, mes amis, alors que c’est impossible, explique-t-il. A un moment donné, quand les choses explosent dans ta vie, il faut lâcher prise, je n’essayais plus de m’accrocher, je n’attendais plus rien à rien, plus rien de mes chansons, plus rien de la vie, plus rien de moi-même, je n’avais plus d’attente, je ne ressentais plus de pression, j’étais juste libre.»

A 39 ans, il n’appréhende pas la quarantaine. «Je suis heureux d’arriver à 40 ans, dit-il. Parce que l’alternative aurait été de ne pas arriver à 40 ans.» Dans la dernière chanson de l’album, Delle barche e i transatlantici, il dit que les «fortunes cookies disent toujours la vérité». Après avoir fini l’album, il dit en avoir ouvert une quinzaine. Sur le dernier qu’il a ouvert, il dit avoir lu ceci : « En ce moment, tu n’as pas de problème.»

Giorgio Poi, Schegge (Bomba Dischi). En concert vendredi 19 septembre aux Nuits de la Bomba, à la Bellevilloise (Paris XXe).

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