Beaucoup d’auditeurs ont rapporté l’impression, à la découverte de Berghain, le premier extrait de Lux, de s’être senti transpercés de part en part par un éclair projeté du ciel. A raison. Propulsée prestissimo tel un bolide orffo-vivaldien, Berghain est une folie opératique survoltée hors de tous les canons de la pop à l’ère de Spotify et YouTube et même du corset de la musique d’ordinateur, sans tempo fixe, qui sort de route plus souvent qu’un mouvement de symphonie tardive de Mahler jusqu’à un épilogue indécent («I’ll fuck you till you love me», écho d’un pétage de plombs de sinistre mémoire de Mike Tyson) au pinacle d’un dramatisme ahurissant.
Or nombre de ces auditeurs électrisés ont associé la sensation à leur étonnement que l’industrie, et même une artiste fraîchement couronnée pop star, s’autorise à faire débouler dans leurs oreilles une chanson contrastant à ce point avec le tout-venant pétrifié, et pétrifiant de la musique mainstream. Ceux-là auront vraisemblablement oublié la faculté de la pop, dont Rosalía se réclame plus que jamais, à nous bouleverser par son audace. Berghain est une pop song follement audacieuse à l’intérieur d’un album absolument pop qui ne se refuse aucune pulsion créative, ni aucune liberté, sans que jamais son invention volcanique ne vienne contredire le fait évident qu’il s’adresse à tout le monde. Mieux, Lux tire l’essentiel de sa force musicale de ce feu qui l’anime, et de cette foi absolue qu’a l




