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On y croit

«Malvado» de Lesram, l’heure des contes

Le rappeur du 93 sort un quatrième album plus abouti encore que les précédents.

«Malvado», quatrième album pour le rappeur du Pré-Saint-Gervain Lesram (DR)
Par
Brice Miclet
Publié le 29/11/2025 à 12h42

«J’connais les chiens mieux que le vétérinaire.» Il y a un peu tout Lesram dans cette phrase qui surgit au beau milieu du morceau Elle, lui-même présent sur le nouvel album du rappeur, Malvado : la dureté, le trait d’esprit, et le récit d’une vie passée à côtoyer la noirceur des âmes, très souvent dans des bas-fonds, dans des caves où sévissent pinces-monseigneur et faux-semblant. Le rappeur originaire du Pré-Saint-Gervais en Seine-Saint-Denis, et pas de sa partie la plus bobo, publie son quatrième long format, peut-être bien son meilleur, après les déjà excellents Wesh Enfoiré en 2022 et Du peu que j’ai eu, du mieux que j’ai pu l’an dernier. On commence donc à très bien connaître cette rythmique vocale atypique et répétitive, cette fausse monotonie parsemée de coups d’éclat textuels et de vérités dures à entendre, où l’amitié se meut en trahisons, et où le «jour de paie» est un «jour de paix» tant attendu. Révélé en 2016 au sein du collectif Panama Bende, qui comptait également dans ses rangs Aladin135, Zeu ou encore le désormais mastodonte PLK, il ne s’est jamais renié, n’a jamais vraiment cédé aux sirènes de la variété trap ou des excursions pop façonnées par un taylorisme artistique.

Dans une forme d’artisanat sonore que des producteurs de renom tels que BBP ou Boumidjal viennent transformer en atmosphères inquiétantes, faites d’accords mineurs et de pianos menaçants et savamment modulés, il s’inscrit, avec une très grande maîtrise, dans l’héritage d’un rap indissociable du vécu mais jamais passéiste. Ici, tout semble morose, sauf peut-être la mort, le deuil, qui sont d’ultimes occasions de se remémorer les bons moments, les proches perdus, et d’y entrevoir une forme d’optimisme comme sur le titre Malvado. Drôle de paradoxe. Mais c’est là toute l’habilité de Lesram qui sait mieux que pas grand monde raconter les «marécages», la «jungle» avec, concernant cette nouvelle ligne discographique, une sophistication supérieure dans les productions et les arrangements.

Lesram Malvado (Bluesky)

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