Menu
Libération
Coup de gueule

Massive Attack interdit la diffusion de sa musique en Israël et claque la porte de Spotify

Le légendaire groupe britannique a annoncé rejoindre l’initiative No Music for Genocide et bloque sa diffusion sur le territoire israélien.

Le collectif anglais Massive Attack sur la scène du Parco Della Musica de Milan, en juin 2025. (Maria Laura Arturi/Nur. AFP)
Publié le 19/09/2025 à 16h53

Erreur 404. C’est ce qui s’affichera bientôt pour ceux qui cherchent à streamer Massive Attack depuis Israël. Le groupe annonce aujourd’hui ne plus diffuser ses musiques sur le territoire hébreu et quitte officiellement la plateforme Spotify.

Transformer «la tristesse en action cohérente et vitale»

Le british band aux notes hypnotiques rejoint l’initiative du No Music for Genocide, un ensemble de plus de 400 artistes qui appelle au boycott culturel de l’Etat hébreu. Les musiciens ont déclaré sur leurs réseaux avoir «adressé une requête formelle à notre label, Universal Music Group, afin que [leur] musique soit retirée de tous les services de streaming […] sur le territoire d’Israël».

Sur Instagram, Massive Attack a appelé «tous les musiciens à transformer leur tristesse, leur colère et leurs contributions artistiques en une action cohérente, raisonnée et vitale pour mettre fin à l’enfer indescriptible que vivent les Palestiniens heure après heure.»

Massive Attack a par ailleurs formé un syndicat d’artistes, aux côtés de Brian Eno, du trio indocile pro-palestinien Kneecap, ou Fontaines DC côté irlandais, visant à les protéger contre toute attaque judiciaire suite à leur positionnement politique. Les musiciens ont expliqué au Guardian que «cette action collective vise en réalité à offrir une forme de solidarité aux artistes qui vivent au quotidien un véritable génocide médiatique.» Pour eux, pas question d’opter pour le silence radio.

Massive claque pour Spotify également, puisque Massive Attack a annoncé son retrait de la plateforme de streaming, s’indignant du choix du PDG de l’entreprise suédoise, Daniel Ek, d’investir dans l’intelligence artificielle de défense. En plus d’un tournant qu’il ne cautionne pas, le groupe trip hop de Bristol déplore que leur «argent durement gagné» serve à financer des «technologies mortelles et dystopiques» et dénonce un «fardeau économique qui pèse depuis longtemps sur les artistes» et «désormais aggravé par un fardeau moral et éthique.»

Ras-le-bol de Spotify

L’heureux bénéficiaire de ces investissements contestés de 600 millions d’euros ? La start-up Helsing qui développe des logiciels d’analyse des données sur le front afin d’infléchir les décisions militaires en temps réel. Un porte-parole de l’entreprise danoise pointée du doigt a assuré au Guardian que «Spotify et Helsing sont deux entreprises bien distinctes», ajoutant que «Helsing n’est pas impliqué à Gaza», ses efforts «étant concentrés en Europe sur la défense de l’Ukraine».

Depuis quelques mois, Spotify fait l’objet de nombreuses critiques pour son opacité dans la diffusion de contenus générés par IA, qu’elle ne différencie pas des véritables artistes. Faut-il rester ? C’est la question que se posent de nombreux artistes aujourd’hui. D’autant que la plateforme rémunère peu ses musiciens : pour rappel, un million d’écoutes génère à peine 1 000 euros, comme le dévoilait à CheckNews le directeur de label Benoît Tregouet.

La décision de Massive Attack de claquer la porte de Spotify succède à celle d’autres groupes anglo-saxons, comme Deerhof, King Gizzard and the Lizard Wizard, Godspeed You ! Black Emperor ou encore Wu Lyf. Le groupe britannique à succès ne pourra toutefois pas diffuser sa musique sur la plateforme Bandcamp, qui sert d’alternative à Spotify, uniquement accessible aux artistes indépendants.

Dans la même rubrique