Alors que Gabriel Gauthier était encore étudiant aux Beaux-Arts, il participa un jour à un workshop avec l’artiste belge Michel François. C’est là qu’il donna sa première performance. Ne sachant trop quoi faire, il se cacha avec sa guitare sous une couverture de survie, formant un gros rocher doré, et, de là-dessous, se mit à chanter. Le mentor lui dit : «C’est très bien, ta voix, pourquoi tu veux devenir plasticien ? Tu devrais faire de la musique !» Gabriel l’a très mal pris. Aujourd’hui, il sort deux mini-albums, Minor Plot Twist et Clueless, sous le nom de Nevers. Les pochettes peintes sur toile figurent, sous deux angles différents, un massif rocheux, tout seul au milieu d’une étendue d’un vert trop vert pour être vrai. Clairsemés dans le paysage, de tout petits humains gigotent.
Menuisier, docker, vendeur de pulls
La voix de Gabriel Gauthier chante des lignes mélodiques étonnantes, naïves dans l’expression mais accidentées dans la forme. On sent une fraternité vocale avec Arne Vinzon quand il fait la cour aux otaries du zoo de Vincennes, l’emphase ironique en moins. Gabriel Gauthier dessine dans chaque morceau une petite scène localisée à un endroit du monde où il n’a jamais mis les pieds. Ici, un automobiliste a pris la mauvaise direction sur le Mont Wilson, au nord de Los Angeles. Là, quelqu’un cherche Stella dans une salle d’embarquement. Plus loin, la nuit est tombée sur le Machu Picchu. Toutes ces miniatures sont comme les pelotes de réjection d’une année passée à sortir peu et à




