La serveuse est souriante et porte haut un verre de jus d’orange sur un mini-plateau, le menu du diner sous le bras, réplique version société de consommation de la statue de la Liberté brandissant son flambeau et la Déclaration d’indépendance. Derrière elle, la skyline de New York est remplacée par de la vaisselle blanche, des boîtes d’œufs et deux grands cartons qui symbolisent les Twin Towers, encore debout. Le tout vu depuis le hublot d’un avion : la pochette de Breakfast in America annonce la couleur. Amérique, nous voilà, claironnent les Anglais de Supertramp. Deux ans après leur installation en Californie, le groupe affiche sa vision idéalisée du pays de tous les possibles : comme les immigrants qui débarquent à Ellis Island, ils visent la gloire et la fortune – et l’ambition de dominer le monde de la pop. Nous sommes en 1979, ils seront exaucés au-delà de toute espérance.
Le disque se vendra, dit-on, à 20 millions d’exemplaires. Plus de 3 millions en France (il faudra attendre le Thriller de Michael Jackson, puis Céline Dion, pour faire mieux) où il se trouvait peu de chambres d’ado sans la serveuse au jus d’orange. L’ambiance ensoleillée et luxueuse des dix titres




