En 1989, alors que Depeche Mode venait d’enterrer la décennie finissante avec une tournée pharaonique de 101 dates aux Etats-Unis et s’apprêtait à inaugurer la suivante avec Violator, blockbuster sombre et sidérant, Martin Gore, principal songwriter du groupe, réalisait, loin des attentes et des pressions, un autre tour de force. Counterfeit, petit disque discret, EP de six titres exclusivement composé de reprises, toutes extrêmement bien choisies (Sparks, Durutti Column, Tuxedomoon) et habillées de sa voix de chandelle sous l’orage. Un disque parfait d’équilibre, à la fois immense et insignifiant, diamant noir et balle à blanc, qui marquera le point de départ pour Gore d’un parcours solo irrégulier – un seul véritable album, des changements de nom incessants – mais jamais inintéressant, alternant disques de vacances (Counterfeit 2, où il s’attaque à Kurt Weill, Lou Reed et David Bowie en sifflotant) et expérimentations plus ou moins heureuses (VCGM, laborieuse tentative de duo techno avec Vince Clarke). Seules constantes : la certitude que Martin Gore n’était pas du genre à servir la soupe aux fans implorants, qu’il restait à l’affût, curieux, et pouvait se montrer parfois imprévisible, voire déroutant.
Entre fouet et caresse
On aborde donc The Third Chimpanzee comme un dîner avec un vieil ami, le genre où rien de trop sérieux n’entre en jeu et où la discussion a aussi peu de chances de virer à l’aigre qu’à l’effervescence. Et effectivement, les cinq titres du disque, t




