Dans Un après-midi de chien (1975), inspiré à Sidney Lumet par l’histoire vraie d’un braquage survenu trois ans plus tôt, le cerveau du casse (Al Pacino) demandait à son complice un peu perché, un peu idiot, Sal (John Cazale) dans quel pays il aimerait aller se réfugier si par miracle ils arrivaient à obtenir un avion pour échapper au siège policier qui les piégeait entre les murs de la banque. Et lui de répondre, suintant l’innocence :
«― Au Wyoming.»
«― Mais le Wyoming n’est pas un pays, Sal», soupirait l’autre.
Alors, si les braqueurs branques new-yorkais des seventies se figuraient encore difficilement ce que pouvait bien être le Wyoming, de quoi était faite cette contrée reculée, et quelles créatures exotiques la peuplaient éventuellement, qu’en était-il du reste du monde en 1899, quand la jeune Lora Webb Nichols se vit offrir un appareil photographique pour son anniversaire ?
Lorsqu’un prétendant deux fois plus âgé qu’elle lui fait cet extravagant cadeau pour ses 16 ans, sous l’œil réprobateur de son père, un ancien gardien de prison devenu éleveur, le tout jeune Etat n’a formalisé ses attaches avec la nation américaine que neuf ans plus tôt. Les Nichols ont bâti un ranch au bord de la bourgade naissante d’Encampment, à la lisière du Colorado. Entre deux crises, la région se peuple à une allure effrénée, au gré des convoitises suscitées par les gisements de cuivre découverts alentour – fragiles promesses de prospérité que l’histoir




