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Critique

A la Scala, Inshi croît dans ses «Rêves»

La jeune troupe ukrainienne en exil défend à Paris un cirque à la fois athlétique et onirique.

La pièce se nimbe des espoirs des interprètes. (J.Y Huet)
Publié le 26/12/2025 à 1h14

Du Cirque Phénix au Cirque du Soleil, tous les supertankers de la voltige manœuvrent actuellement, permettant, entre deux surdoses de bûche pralinée, de cocher les cases (flemmardes ?) de la sortie familiale. Mais, tant qu’à braver les frimas, rien n’interdit de chercher des propositions moins rebattues. En ce sens, pourquoi ne pas miser une hryvnia sur Inshi, la jeune troupe que dirige Roman Khafizov ?

Créée au printemps 2020 autour de membres de l’Académie municipale de Kyiv des arts du spectacle et du cirque (une institution fondée en 1961 qui bénéficie d’une reconnaissance internationale), la compagnie a d’abord dû rester clouée au sol, victime collatérale, comme tant d’autres, de la pandémie de Covid. Puis, c’est la guerre déclenchée par la Russie qui, à l’inverse, l’a contrainte au départ. Ainsi, depuis 2022, Roman Khafizov et ses comparses parviennent-ils à maintenir le projet à flot depuis la France où, du Sirque /Pôle national cirque à Nexon (Nouvelle-Aquitaine) à l’association Territoires de cirque (impliquée dans la production et la diffusion), un providentiel élan solidaire a crû.

Un contexte incommode, et du reste non sans conséquences (difficultés pour obtenir des visas, effectifs réduits sur scène, un régisseur lumière mobilisé sur le front), qui n’a pas empêché Inshi de signer à ce jour trois spectacles. Dont Rêves, chronologiquement le deuxième, qui, après le off d’Avignon 2025, réside près de trois semaines à Paris, à la Scala.

«Témoignage d’une jeunesse renversée par un conflit guerrier», la pièce se nimbe, de facto, des espoirs fragiles auxquels s’accrochent ici cinq garçons et deux filles qu’une voix off française fait s’exprimer en fil rouge, à l’exemple de ce credo univoque : «La scène est ma réalité, le théâtre, ma forteresse.» Un aveu qui, toutefois, n’apporte pas la «valeur ajoutée» escomptée, mais pèche au contraire par trop de candeur narrative qu’on trouvera (injustement ?) superflue. Tout comme la bande-son se fourvoie en «tubes» planétaires (Vivaldi, Ravel…), avant de bifurquer vers la fin en direction d’airs traditionnels slaves qui auraient gagné à être autrement prépondérants. D’évidentes réserves, portant sur l’habillage, qui n’oblitèrent pas pour autant le mélange de puissance et de grâce qui, en noir et blanc, se dégage d’une succession de numéros individuels où, entre jonglage et cannes d’équilibre, les interprètes de Rêves entretiennent avec dextérité l’espoir de lendemains rassérénés.

Rêves du cirque Inshi, à la Scala (75010) jusqu’au 4 janvier.
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