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Théâtre

A Paris, «les Beaux» sortent les griefs

Au théâtre la Flèche, l’autrice Léonore Confino brocarde le quotidien d’un couple à la dérive.

Cédric Welsch et Yasmin Van Deventer décochent des phrases courtes, sèches et acérées. (Avril Dunoyer)
Publié le 26/01/2026 à 10h35

C’est sans doute dans l’observation de la sphère domestique, en général, et la dissection du couple hétéronormé, en particulier, que s’accomplit le mieux l’écriture de Léonore Confino. A l’exemple de Ring qui, voici une dizaine d’années, contribuait à faire grimper la cote de l’autrice en égrenant sur un ton corrosif une succession édifiante de courts tableaux illustrant les joies et (surtout) les difficultés à cheminer au côté de celle que l’on imaginait être l’âme sœur (ou frère).

En ce sens, les deux qui s’enlacent, puis s’étrillent, dans les Beaux, prorogent en quelque sorte la capilotade annoncée, passés les prémices d’une idylle où l’on ânonne les mots creux dignes d’une télénovela. Un écran de fumée, bien sûr, quand l’aubade fait long feu, qui ne tarde pas à révéler les failles d’une relation où l’on en vient à se maudire à propos d’une tranche de jambon que l’autre a boulottée en douce. Ou, dans un registre autrement plus grave, à se renvoyer les responsabilités autour de la disparition inquiétante d’une fillette (souffrant d’un handicap) qui en réalité – et nul ne saurait l’en blâmer – avait juste déguerpi une maisonnée toxique où, malgré les éléments de décor trahissant un panorama citadin lorgnant la boboïtude, tout va de guingois. «Un intérieur qui nous ressemble», certes, mais après que l’homme du ménage, a passé ses nerfs sur le mobilier !

Ainsi, soignant leur ligne sarcastiquement outrancière, les Beaux étalent-ils ces mesquineries, mensonges, griefs et autres algarades qui finissent par composer les facettes de l’incommunicabilité, tout en se raccrochant aux branches d’une complicité qu’on espère pas totalement disloquée. «Une rencontre avec deux êtres démunis qui nous ressemblent tant», suggère la metteuse en scène, Anne Coutureau, au public qui, derrière le miroir sans tain du bien nommé théâtre la Flèche, regarde et écoute les comédiens, Yasmin Van Deventer et Cédric Welsch, décocher des phrases courtes, sèches et acérées, servant ici de munitions au jeu de massacre.

Les Beaux au Théâtre la Flèche, 75011, tous les jeudis, 19 heures, jusqu’au 12 mars.
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