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Après de nouvelles accusations de violences sexuelles, le théâtre du Soleil enjoint par le ministère de la Culture de lancer une enquête indépendante

Le ministère a demandé à la troupe d’Ariane Mnouchkine de faire conduire une enquête externe sur les cas d’agressions sexuelles et de viols dénoncés dans une enquête de «Mediapart». Le théâtre reconnaît «l’extrême gravité» des faits mais dément tout «abus systémique».

La metteuse en scène Ariane Mnouchkine au théâtre du Soleil à Paris, le 12 décembre 2024. (Vahid Amanpour/Vahid AMANPOUR)
Publié le 04/12/2025 à 17h33

Après une enquête publiée dans Mediapart dimanche, dénonçant des faits allant du harcèlement au viol, notamment sur des mineures, recueillis auprès de huit femmes, ex-salariées ou bénévoles, le ministère de la Culture a demandé au théâtre du Soleil de lancer une enquête externe et indépendante sur ces allégations, confirmant une information du Monde. «Au vu de la gravité des faits évoqués par les témoignages [dans Mediapart], mais aussi de la nécessité de permettre à chacun de s’exprimer dans un cadre neutre et apaisé, le ministère de la Culture a demandé au théâtre du Soleil de faire conduire un audit complet par un organisme extérieur et indépendant sur les conditions d’emploi et de travail au sein du théâtre du Soleil, mais aussi sur les modalités d’accueil de bénévoles, en recueillant les témoignages des actuels salariés ou bénévoles du théâtre du Soleil, mais aussi des personnes qui ont pu être impliquées dans son fonctionnement par le passé», précise le ministère à Libération.

«Protection d’un système délétère»

L’enjeu est de taille pour le théâtre du Soleil, subventionné par le ministère de la Culture pour près de 2 millions d’euros par an. «La transmission des conclusions de cet audit et la mise en œuvre des mesures nécessaires au respect de chacun conditionneront le versement de la subvention du ministère au théâtre du Soleil», explique celui-ci.

Dans un communiqué paru mercredi, le théâtre du Soleil affirme qu’il ne niait «évidemment pas l’extrême gravité des crimes dénoncés par les victimes et repris dans la presse». Mais qu’il rejetait les «allégations infondées de sectarisme et d’abus systémiques totalement contraires à son histoire et à son fonctionnement réel». Dans son article, Mediapart écrit que «les hommes mis en cause au fil des ans ont bénéficié de l’indulgence voire de la protection d’un système délétère, régi depuis plus de soixante ans par la toute-puissante metteuse en scène».

Climat d’omerta

La troupe d’Ariane Mnouchkine est déjà visée depuis l’été par une enquête judiciaire. A l’origine de ces poursuites : les accusations de «dérives sexuelles» portées fin mars par la comédienne Agathe Pujol devant la commission d’enquête parlementaire sur les violences sexuelles dans la culture. La comédienne, bénévole au sein de la troupe, avait déclaré avoir été victime d’une tentative de viol en 2010 par un de ses membres lorsqu’elle était mineure et avait décrit plus généralement une «pression sexuelle constante» et un climat d’omerta. A la suite de ce témoignage, signalé à la justice par la commission et par le ministère de la Culture, une enquête du «chef de viol sur mineur de 15 ans et agression sexuelle sur mineur de 15 ans a été confiée à l’été 2025 par le parquet des mineurs à la Brigade de protection des mineurs», comme l’a précisé le parquet à l’AFP.

Dimanche, Mediapart a publié de nouvelles accusations sur des faits graves d’agressions et de viols qui auraient été commis par deux comédiens sur plusieurs femmes, pour certaines mineurs, et qui se seraient déroulés entre 2010 et 2025. Tous deux rejettent les accusations. La compagnie a mené son propre audit interne achevée en mai, recueillant une soixantaine de témoignages, nommé dix référents VSS, et les deux hommes accusés ont été exclu de la compagnie.

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