Le dessinateur de presse Serguei, qui illustrait les pages du Monde depuis quarante-cinq ans, est mort jeudi 8 janvier à Paris à 69 ans, a annoncé ce vendredi matin le quotidien. «Il ne s’agissait pas d’un dessinateur politique ou d’actualité, mais plutôt d’un poète capable de mettre en dessin et de rendre immédiatement lisibles des concepts abstraits, des idées universelles, des mondes rêvés». C’est en ces mots que le Monde rend hommage à son collaborateur de longue date.
Serguei, de son vrai nom Sergio Goizauskas, est né à Buenos Aires le 28 avril 1956, d’une mère d’origine russe et d’un père d’origine lituanienne. A 17 ans, il obtient un prix national pour son premier livre de dessins, Serguei O no Serguei, puis fuit l’Argentine pour Paris en 1976, afin d’«échapper à la dictature du général Videla», rappelle le Monde. Il intégrera le quotidien en février 1981, après avoir travaillé pour Marie France, l’Echo des savanes, l’Express ou encore le New York Times.
Traits «anguleux»
Les «univers imaginaires» chers au dessinateur sont peuplés «de pianos [inspirés de son quart de queue Pleyel 1903], d’anges saxophonistes», de drôles de créatures en tout genre ou de «prisons aux cellules solitaires dont les barreaux finissent par s’ouvrir sur des horizons libres», écrit le Monde. Le quotidien rapporte qu’il disait souvent «moi je me marre, je m’amuse», malgré le pessimisme avec lequel il décrivait, avec ses mots, l’état du monde, «en errance, marqué par l’agonie discrète de toute élégance». Un vertige qui donne, sous son crayon, des situations kafkaïennes, où pointe une certaine ironie.
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«Si l’on reconnaît mes dessins, c’est parce que la mise en scène de mes personnages et les questionnements sont toujours les mêmes. La différence est que je suis passé de traits un peu arrondis à un dessin plus anguleux», expliquait Serguei en 2021 à France Culture, quelques mois après la parution de son livre le Tango du dessinateur. «Je dessine le monde et j’écris des chansons», disait encore ce mélomane et pianiste émérite – «un génie de chez génie» à l’œuvre selon son camarade Plantu – à l’origine de plusieurs disques.
D’après son site internet, Serguei n’a cherché qu’à laisser «des traces, des signaux, dans l’urgence, des dessins, des chansons, des notes et des gouttes d’encre, lâchés comme des cailloux dans la forêt, pâture pour l’oubli».




