Les histoires d’escroqueries, Netflix connaît ça par cœur et en a fait un de ses juteux filons documentaires pour attirer et fidéliser les abonnés. Mais la plateforme elle-même risque d’être moins enthousiaste pour raconter dans le détail et de l’intérieur comment elle s’est fait enfumer par le réalisateur britannique Carl Rinsch, auteur à ce jour d’un seul long-métrage, un film à gros budget, 47 Ronin en 2014 avec Keanu Reeves. Rinsch, 48 ans, a été condamné jeudi 11 décembre pour avoir escroqué Netflix de 11 millions de dollars pour une série qu’il n’a jamais livré, a déclaré le bureau du procureur américain à Manhattan. Netflix aurait dépensé d’abord 44 millions de dollars puis 11 millions de dollars supplémentaires réclamés pour boucler la production toujours en cours, dernière somme qui aussitôt versée fut transférée sur le compte personnel du showrunner.
Toute l’affaire a été révélée dans un article du New York Times en 2023. Après l’échec au box-office de 47 Ronin, Rinsch s’était lancé, entre deux réalisations de pub, dans l’écriture d’une série de science-fiction, White Horse (rebaptisée plus tard The Conquest), sur un génie qui invente des humanoïdes, les «Organic Intelligent» (OI) déployés dans les zones de guerre sur des missions d’aide humanitaire mais dont on découvre évidemment qu’ils sont moins sympas qu’on ne le croyait en les programmant.
Comportement de plus en plus erratique de Carl Rinsch
Aussitôt pitché, tout le secteur en ébullition sort calculettes et carnet de chèque pour emporter le projet, Amazon et Netflix rentrant même dans une lutte à mort avec une surenchère de chiffres exorbitants. Finalement c’est Netflix qui décroche le pompon au bon soin de Cindy Holland, vice-présidente de la plateforme et qualifiée pour ses nombreux succès de «reine des contenus». L’enthousiasme est tel que, chose rare, Rinsch obtient le final cut sur la série. Netflix ne paraît pas s’inquiéter outre mesure que le scénario n’est pas du tout complet ni que la production de 47 Ronin ait été pour le moins chaotique. Le tournage de The Conquest est lancé et se déroule notamment au Brésil, en Uruguay et à Budapest mais de nombreux témoins attestent du comportement de plus en plus erratique de Carl Rinsch que l’on soupçonne d’être en surdosage d’un stimulant du système nerveux central qu’il prend pour soigner des troubles de l’attention. La femme du réalisateur, elle-même, ne semble plus du tout capable de le comprendre et réclame bientôt le divorce non sans avoir alerté Netflix de la situation hors-contrôle de son mari.
Et en effet puisque la rallonge de 11 millions de dollars concédée à Carl Rinsch, il ne va pas les utiliser pour sa série mais les investir dans des placements hasardeux dans les cryptomonnaies puis pour l’achat de deux Rolls Royce, d’une Ferrari, et quelques 652 000 dollars de dépenses pour des montres et des vêtements. Il a enfin cramé 1,8 million de dollars de la somme globale pour rembourser des impayés personnels. Dans une déclaration rapportée par le Guardian, l’avocat de Rinsch, Benjamin Zeman, a affirmé que selon lui que le verdict contre son client était erroné et qu’il «pourrait créer un dangereux précédent pour les artistes qui se retrouvent impliqués dans des litiges contractuels et créatifs avec leurs mécènes, en l’occurrence l’une des plus grandes entreprises médiatiques au monde, et se retrouvent poursuivis par le gouvernement fédéral pour fraude». Carl Rinsch n’a jamais produit aucun épisode de sa série, et Netflix a dû passer en perte les 55 millions de dollars qu’ils avaient investis dans le projet. Le jury de la Cour fédérale du district de Manhattan a reconnu Rinsch coupable de fraude, de blanchiment d’argent et de transactions monétaires illégales.




