C’est un paradoxe. La culture, qu’on l’ovationne ou qu’on la dénigre dans les théâtres subventionnés, qu’on l’admire (ou pas) dans les musées nationaux et les centres d’art ; cette culture-là est un bien public. Mais elle n’a pas à plaire à tout le monde de la même manière…
La culture qui expérimente, qui cherche et qui tente, n’a pas à être polie. Elle n’a pas à se vendre au plus offrant et, c’est même le principe d’un service public, elle n’a pas à chercher à tout prix la rentabilité.
Eduquer des enfants non plus n’est pas rentable, enfin pas tout de suite, pas comme on l’entend. Soigner gratuitement ne rapporte pas. La recherche, en sciences dures ou molles, cherche, et parfois trouve. Cette évidence n’a pourtant plus l’air évidente pour tout le monde. Au Conseil de Paris, des élus de droite ont rejeté ce mois-ci une subvention destinée aux librairies. Et quand une présidente de région sacrifie, à grand renfort de médiatisation, son budget culture, elle sape aussi les subventions destinées au sport et à la vie associative, au planning familial et aux missions locales. Les services publics sont liés : on attaque rarement l’un sans toucher à l’autre.
Faut-il s’y résoudre ? Les services publics savent heureusement assembler leurs forces, comme l’a montré le grand tour de France «Les services publics entrent en scène !», engagé depuis le mois de mai par le Syndeac en partenariat avec Libération. Les récits des uns nourrissent l’imaginaire des autres. La metteuse en scène Lorraine de Sagazan peut en parler, elle qui a su rendre spectaculaires la précarité et la violence des comparutions immédiates dans son spectacle Leviathan. Les missions des médecins, des artistes ou des enseignants se croisent parfois, et s’enrichissent. Car «le soin ce n’est pas seulement l’hôpital, comme le dit le metteur en scène Robin Renucci, mais aussi l’éducation, le transport, l’écologie…» Le soin et le souci de l’autre, une bonne définition du service public.




