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«Si tu traverses les eaux» de Justine Bo : la fille à l’hermine

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Après vingt ans d’errance, une femme qui a fui la Bessarabie atterrit en 1923 dans un hôtel français au bord de l’Atlantique, antichambre de l’Amérique.

Justine Bo. C’est en tombant un jour d’insomnie sur une vieille photo de l’hôtel Atlantique que l'autrice a eu l’idée de cette histoire. (Francesca Mantovani/Gallimard)
Publié le 03/01/2026 à 12h00

Elle se nomme Jenine mais elle n’est pas originaire de la ville du même nom en Cisjordanie. Elle vient de Bessarabie dont elle s’est enfuie en 1903 quand les soldats du tsar ont massacré ses parents et ses frères Jonas et Jacob. Elle avait 7 ans et elle doit sans doute son salut à l’hermine dans laquelle elle s’était enveloppée, qui se confondait avec la neige. Après vingt ans d’errance à travers l’Europe, vingt ans de misère et de violences que l’on n’ose imaginer, son hermine miraculeusement préservée des rôdeurs, elle échoue un jour de 1923 à l’hôtel Atlantique, au bord de l’Océan, antichambre de l’Amérique, eldorado fantasmé par tous les exilés. Là, elle devient Jenine Ring, un nom que l’on croirait tout droit sorti d’un roman de Patrick Modiano, nom scandé tout au long de ce court roman dense et fiévreux qui entremêle misère et beauté dans des phrases polies telle la roche des falaises.

Le tri des personnes saines

L’hôtel Atlantique est l’autre figure principale de cette histoire. Il est un mur, il est un ventre dans lequel bouillonnent les remugles de la peur, de l’abandon, de la rue, de la fuite. Il est un sas qui permet aux employés de la compagnie transatlantique White star line de faire préventivement le tri des personnes saines et de celles qui ne partiront jamais car atteintes d’un mal que l’Amérique ne veut pas accueillir sur son sol. Jenine est prête à tout pour partir loin, oublier cette Europe synonyme de tragédie. Et même à quitter temporairement, le temps d’une douche et d’un épouillag

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