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Blog «Les 400 culs»

Percutez-moi !

L’excitation sexuelle peut-elle produire du bon son ? Ecoutez-y pour voir… Treza, musicien français, spécialisé dans les enregistrements des bruits de la vie, a mis en musique le corps de sa petite amie : tam-tam fessier, scratch de pubis, dub d’orgasme… Mis en ligne depuis à peine une semaine sur MySpace Musique, le morceau Rayon X a été composé exclusivement à base de percussions sur un corps féminin. «Au-delà des percussions sur son corps, j’ai incorporé les sonorités du coït lui-même en po

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Publié le 03/01/2008 à 15h31, mis à jour le 21/01/2015 à 16h14

L'excitation sexuelle peut-elle produire du bon son ? Ecoutez-y pour voir… Treza, musicien français, spécialisé dans les enregistrements des bruits de la vie, a mis en musique le corps de sa petite amie : tam-tam fessier, scratch de pubis, dub d'orgasme…

Mis en ligne depuis à peine une semaine sur MySpace Musique, le morceau Rayon X a été composé exclusivement à base de percussions sur un corps féminin. «Au-delà des percussions sur son corps, j'ai incorporé les sonorités du coït lui-même en positionnant un micro très sensible à différents endroits, explique-t-il. On entend des bruits de fellation ou de pénétration. J'ai aussi utilisé une technique de frottements sur ses poils pubiens, coupés courts, afin d'imiter l'effet produits par les «scratchs» des DJ's  hip-hop : il faut pour cela effectuer des allers-retours sacadés avec le bout des doigts.»

Quid de la pilosité ? Treza précise qu'il ne faut pas «une pilosité particulière  pour faire un bon scratch puisque cette technique fonctionne aussi sur de la peau nue». Quant à la corpulence de son instrument féminin, elle importe peu : que les chairs soient tendues sur les os ou au contraire mollement rebondies influence peu la qualité sonore de la frappe. «Peu importe la silhouette. Une bonne frappe est celle qui entraîne la résonance avec un minimum d'énergie, dit-il. Ce n'est donc pas douloureux, et c'est même agréable : je pratique parfois les percussions sur le dos de mes ami(e)s. Jouer en rythme en écoutant des morceaux rapides fait résonner le corps et offre une expérience inédite, une découverte du rythme qui semble venir de l'intérieur, à l'image du battement du cœur, un phénomène probablement à l'origine de la notion de rythme dans la musique. Cette œuvre n'est donc pas le fruit d'une expérience sado-masochiste, mais d'une approche ludique du corps et de la sexualité.»

Quand Treza décide de faire ce morceau, c’est d’ailleurs sur la suggestion de sa partenaire de l’époque, qui aime ses… improvisations. Percussionniste autodidacte, Treza s’amuse à faire sonner tout ce qu’il touche. Des os humains dans les catacombes, ses genoux dans le métro… Et pourquoi pas un cul nu ?

Pour Treza, la musique sur corps vivant est vieille comme l'applaudissement. Il existe certainement des œuvres similaires à la sienne, composées exclusivement de bruits sexuels… Les râles des pornstars et la bande-son des films X se vendent d'ailleurs dans un CD audio, entre bruit de perceuse et hurlements de bébé. La musique parfaite pour défier les voisins. Dans un livre intitulé La clef des sons, le docteur Bernard Auriol avance même que la musique est par essence de nature érotique.

Les premiers sons sont ceux du pet, dit-il. Du pétomane au mélomane… «Le foetus est l'auditeur obligé du concert sans cesse renouvelé des rythmes maternels, bruits respiratoires, cardiaques, mouvements de la marche ; il entend aussi une mélodie : celle des bruits intestinaux de sa mère (suintements, claquements, grincements, écoulements, etc.) (…) Aux bruissements intestinaux du plaisir, après les rugissements et les couinements de la détente en train d'advenir, répondent, chez le foetus qui les entend, l'inondation chimique qui l'excite et lui donne peut-être quelque genre d'orgasme avant la lettre ! Il retrouvera tout cela dans les ineffables gémissements ou les harmonies sublimes de la musique.»

Dans la mythologie grecque, Hermès n’est-il pas à la fois le messager et le dieu de la musique ? Et dans le bain matriciel, ce paradis amniotique, le foetus n’est-il pas bercé par les sons de jouissance de sa mère qui impriment dans son cerveau le goût des vocalises ?

Fellini devait probablement s'en souvenir quand il filme cette scène d'anthologie de La Cité des Femmes : Mastroianni parcourt une galerie de portraits féminins et déclenche en rafale tous les enregistrements de leurs orgasmes enregistrés sur bande. Un orchestre symphonique de râles et de hurlements s'élève alors comme une tempête… Une cacophonie de brames, de rires et de sanglots… Le son du sexe à l'état pur. Bestial et bouleversant.

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