Eve Ensler est l'auteur de l'une des pièces de théâtre les plus jouées au monde, les Monologues du vagin, recueil d'expériences liées à l'amour, au viol, à la masturbation, l'excision, l'orgasme ou la grossesse. Américaine, elle est aujourd'hui une activiste célèbre, signe des tribunes dans de nombreux journaux. Elle a écrit Des mots pour agir, Je suis une créature émotionnelle et, ce mois-ci, paraît Dans le corps du monde, un récit autobiographique dans lequel elle confronte l'expérience du cancer de l'utérus avec des souvenirs d'enfance et le récit d'activités militantes au Congo.
Reprenant la trame, éprouvante, du protocole médical, Eve Ensler écrit des courts chapitres descriptifs, des « scans », qui forment un texte révélateur de sa vision du féminisme, souvent critiquée par le passé, autant par des groupes conservateurs que par une frange queer qui lui reproche sa bien-pensance. Soit une lecture très anglo-saxonne du droit des femmes, où il est question d'une communauté mondiale, d'une « sororité » et d'un drôle d'entremêlement entre pragmatisme et optimisme forcené.
Votre dernier ouvrage ausculte le cancer dont vous avez été frappée et le travail théorique auquel la maladie vous a menée. Comment articuler une pensée autour d’une expérience personnelle de souffrance ?
Le cancer dont j’ai été atteinte m’a, évidemment, amenée à me poser de plein fouet la question de mon propre corps. Depuis le diagnostic, cette effroyable nouvelle, jusqu’au traitement, tout a été l’objet d’une transformation, où j’ai compris que je n’avais à penser qu’à une seule chose : mon corps. Et évidemment, faire ce constat équivaut à changer ma relation au




