Cette vidéo a été
faite pour Africa4 le 10 janvier 2015 à Brazzaville.
Par Vincent
Hiribarren
Le fleuve Congo
constitue la frontière entre la République Démocratique du Congo et la République
du Congo. D’un coté de la rivière se trouve Kinshasa, de l’autre Brazzaville.
Les habitants de Brazzaville aiment le répéter : Brazzaville et Kinshasa sont
les deux capitales de pays indépendants les plus proches au monde et
effectivement d’un coté de la rive on peut voir les voitures circuler (en
regardant bien) sur l’autre rive.
La frontière entre
les deux villes et pays remonte à l’époque coloniale puisqu’elle séparait le
Congo français du Congo belge. On peut même dire que la frontière sur le fleuve Congo est la toute première
frontière coloniale tracée à partir du congrès de Berlin de 1884-1885. C’est
pour se partager le droit de faire du commerce sur le fleuve que les Européens
ont créé des règles d’attribution de territoire qui ont ensuite été appliquées
sur tout le continent. Cette frontière est donc à l’origine d’une compétition
territoriale à l’échelle africaine.
C’est aussi la proximité
des deux capitales qui fait de ce fleuve une frontière exceptionnelle. Les flux
commerciaux et la circulation de personnes sont essentiels pour les deux villes
qui malgré une asymétrie certaine dépendent l’une de l’autre. En début 2015,
Kinshasa aurait environ 9 000 000 d’habitants alors que Brazzaville en
compterait 1 500 000. L’histoire de cette frontière fluviale retranscrit en
filigrane une partie de l’histoire de ces deux villes.
La dernière
incarnation de cette politique des frontières au Congo-Brazzaville est l’opération
« Mbata ya Bakolo ». C’est à partir d’avril 2014 que la police a refoulé entre
50 000 et 100 000 citoyens de la République Démocratique du Congo de l’autre côté
du fleuve à Kinshasa. Des bus et navires ont été remplis bien souvent de force
des ceux qui sont parfois encore surnommés les Zaïrois et qui étaient accusés de
différents crimes. Parfois, certains refoulés habitaient à Brazzaville depuis
les années 1980 et avaient fondé des familles sur place.
Littéralement,
l’expression « Mbata ya Bakolo » signifie la « claque des ainés » en lingala et
cette vaste opération traduit une peur constante chez beaucoup de Brazzavillois
ou du moins leurs dirigeants de voir leur économie dominée par leurs voisins. De
fait, le départ de ceux qui exerçaient nombre de métiers dans le secteur de
l’informel a provoqué une certaine inflation en ville. Cette peur des Zaïrois
peut aussi bien souvent tourner en xénophobie, quand des habitants de Kinshasa
deviennent des boucs émissaires pour les maux du Congo-Brazzaville.
Cette opération a
conduit à la fermeture des frontières entre les deux pays. Non qu’il ne soit
pas impossible de traverser la rivière bien sur, mais officiellement, il est très
difficile d’obtenir un visa pour se rendre sur l’autre rive. Et c’est la, tout
le nœud du problème. Pour traverser le fleuve Congo en début 2015, les
habitants des deux rives doivent maintenant demander des visas auprès des
ambassades de chaque pays. La rivière qui autrefois reliait les économies des
deux villes est temporairement soumise à un régime de frontière comme il en
existe partout dans le monde. Le port du Beach de Brazzaville apparait quant à
lui bien calme.




