La France a été privée de secrétaire d’Etat en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche pendant trois mois. L’incompréhension de ceux qui jour après jour défendent les défis scientifiques et technologiques de la France était en train de céder la place à une profonde irritation : serait-on resté trois mois sans ministre de la Culture, de l’Agriculture ? Et cela alors même que le budget de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche est le 3ème de la Nation, alors même que les hommes et les femmes politiques ne jurent que par l’économie de la connaissance, alors même que la compétition internationale est intense sur le front de la recherche et de l’innovation ? Bien sûr, pendant ce temps, les chercheurs ont poursuivi leurs travaux, avancé, produit des découvertes. Mais une somme d’investissements et de résultats à l’échelle d’individus, de laboratoires, ou même d’institutions, ne fait pas une politique nationale.
Chacun sait que la recherche et l’enseignement supérieur forgent l’avenir des nations. Ce domaine a contribué à la puissance des grands pays, et tous les pays qui aspirent à jouer un rôle de premier plan sur la scène internationale ont une politique ambitieuse en la matière. En cette année de conférence internationale sur le climat, il est essentiel que le dispositif politique soit à même de décliner, dans ce domaine comme dans d’autres, les conséquences sur le terrain de la recherche et de l’enseignement supérieur. Et à l’heure des grands choix dans le domaine du spatial, objet d’une concurrence extrême, peut-on rester avec un pilotage affaibli quand il faut lancer le programme Ariane 6 ? On pourrait multiplier les exemples.
Au moment où Thierry Mandon est, enfin, nommé secrétaire d’Etat, nous faisons appel à lui pour qu’il prenne la tête d’un dispositif gouvernemental fort, capable de poursuivre les réformes d’un système complexe et d’entraîner toute la communauté académique et scientifique. L’enseignement supérieur et la recherche sont au cœur des facteurs de progrès social et économique de notre pays. Au-delà de la bonne gestion des ressources, nous lui demandons de s’inscrire dans une vision qui permettra à la recherche et à l’enseignement supérieur d’être à la hauteur des enjeux.
Signataires :
Sébastien Balibar, physicien, membre de l'Académie des Sciences
Alain Beretz, président de l'Université de Strasbourg
Edouard Brézin, ancien président de l'Académie des Sciences
Emmanuel Ethis, président de l'Université d'Avignon-pays de Vaucluse
Pierre Joliot, membre de l'Académie des Sciences
Brigitte Plateau, administrateur général de l'Institut Polytechnique de Grenoble
Antoine Triller, membre de l'Académie des Sciences.




