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Un monde chaotique remis à plat

Publié le 24/11/2015 à 17h36

Avant, du temps de la guerre froide, tout était simple avec un monde divisé en deux blocs antagonistes. Après la chute du Mur en 1989, puis l'éclatement de l'URSS, l'évidence de l'hyperpuissance américaine rendait la nouvelle donne aisément intelligible. Depuis, l'envolée des émergents dont en premier lieu les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), la globalisation accélérée de l'économie, le surgissement d'acteurs non étatiques comme le terrorisme jihadiste, la multiplication des Etats faillis, ont créé un monde «multipolaire» voire «apolaire», aussi chaotique que complexe. Le défi de l'Atlas du monde global écrit par Pascal Boniface, directeur de l'Iris, et Hubert Védrine, ancien conseiller diplomatique de François Mitterrand et ex-ministre des Affaires étrangères du gouvernement de Lionel Jospin, est de donner des clés pour comprendre cette nouvelle réalité en s'appuyant sur 100 cartes, pédagogiques et détaillées élaborées par Jean-Pierre Magnier collaborateur régulier de la regrettée revue Alternative internationale.

«Vingt-cinq ans après la fin du monde bipolaire, il n'y a toujours pas d'interprétation unanime de l'état du monde» soulignent les auteurs. Est-ce qu'il y a déjà «une communauté internationale» dont le ciment est à la fois l'économie mondialisée et le Web ? Quelle est la réalité des fractures selon les systèmes de valeur et les croyances ? Est-ce qu'il y a un retour du risque d'affrontements entre des Etats forts de leur nouvelle puissance ?

La partie sur «les interprétations du monde global» est l'une des plus stimulante de l'ouvrage. La carte des pays membres de l'OMC - Organisation mondiale du commerce - et des pays observateurs couvre l'essentiel du globe à l'exception de la Corée du Nord, du Soudan du Sud et du Turkménistan… et recouvre celle tout aussi uniforme de l'Internet, illustrant «une conception mondialiste globale qui a du mal à prendre en compte le conflit classique et la persistance des phénomènes identitaires». Cette représentation est diamétralement opposée à «la thèse du clash des civilisations» mais aussi à celle du monde unipolaire ou du monde multipolaire ou du monde chaotique.

Destiné à devenir un classique, cet Atlas montre aussi le monde tel qu'il est vu par ses différents acteurs. Par les Occidentaux bien sûr, à commencer par les Etats-Unis, qui se considèrent comme «la nation indispensable», par une Europe qui se cherche et qui «de tous les pôles possibles du monde multipolaire est celui dont l'avenir et le plus incertain» ou une France, «puissance moyenne qui de par son histoire entend jouer un rôle spécifique et a une vision large des affaires mondiales». Mais les auteurs veulent aussi montrer la vision des autres de la Chine comme de la Russie, de l'Inde ou de la Turquie. Beaucoup de points sont à discuter, mais c'est justement l'intérêt de ce livre qui tient son engagement «d'aider à comprendre un monde chaotique».

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