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Passage en revues

Du lait fermenté contre l’hyperactivité et l'histoire d’un empoisonnement : deux longs formats à lire ce week-end

Chaque semaine, la rédaction du magazine «Books» décortique les longs formats des revues et sites anglo-saxons. Morceaux choisis.

L'ouvrage «Death of a Dissident» de Alex Goldfarb and Marina Litvinenko (2007). Photo de couverture: Alexandre Litvinenko après son empoisonnement au polonium 210. (AFP)
Par
Delphine Veaudor
De la rédaction de «Books»
Publié le 09/04/2016 à 10h46
L’hyperactivité : un problème depuis 1710

On ne l’appelait pas encore «hyperactivité», mais le problème dit de «l’inattention» inquiétait déjà beaucoup les moralistes et pédagogues du XVIIIe siècle. Apparu pour la première fois dans une revue anglaise en 1710, le terme devint le réceptacle des angoisses de l’époque. Quand les Lumières érigeaient la raison en valeur suprême, faire preuve d’inattention ou de «distraction» était vu comme un vice – la source d’«habitudes criminelles», vitupérait le philosophe écossais James Beattie, dans un essai de 1770. Un peu plus tard, un autre Ecossais (l’économiste William Playfair) faisait de cette «dégradation du caractère moral» une cause possible du «déclin des nations». Certains médecins prescrivaient d’étranges remèdes. Dans un traité de 1775, l’Allemand Melchior Adam Weikard estimait que «du lait fermenté, de la poudre d’acier et la pratique de l’équitation» constituaient un bon moyen de lutter contre le fléau.

Source : Aeon, le 1er avril, 14 000 signes. Auteur : Frank Furedi est professeur émérite de sociologie de l'université du Kent. Il est l'auteur de nombreux livres, dont Parents paranos : laissez tomber votre culpabilité, vous êtes très bien !, traduit aux éditions Alias etc. en 2001 (édition épuisée à ce jour).

L’espion, l’assassin et Downing Street

Le jour où Andreï Lougovoï, l’un des deux assassins présumés de l’ancien espion russe Alexandre Litvinenko, a vu sa victime pour la dernière fois, il portait un cardigan orange et bleu, un jean gris et une montre à 50 000 dollars achetés chez Harrods. Après avoir, selon toute probabilité, versé du polonium (une substance quatre cent fois plus radioactive que l’uranium) dans le thé de son ancien confrère du KGB, Lougovoï lui a présenté son jeune fils, qui revenait d’une virée dans un grand magasin de jouets londonien. Le jour même, ils iraient voir un match en famille à l’Emirates Stadium. Les cinq mille pages d’enquête publique sur l’empoisonnement de Litvinenko sont remplies de détails fascinants. Après sa publication, en janvier, des sanctions ont été réclamées à l’encontre de Vladimir Poutine (le président a «probablement» approuvé le crime, d’après le juge en charge de l’enquête), mais aussi contre les entreprises impliquées dans la fabrication du poison et tous ceux qui, en Russie, ont fait obstacle à l’enquête. Le gouvernement de David Cameron n’a pas accédé à ces demandes. Un tel message de fermeté aurait pu brouiller l’image que Downing Street s’efforce de bâtir depuis 2010 : celle d’un pays «prêt à faire des affaires avec tout le monde».

Source : London Review of Books, le 31 mars, 27 000 signes. Auteur : Né à Londres de parents russes émigrés, Peter Pomerantsev a travaillé pendant près de dix ans comme réalisateur et producteur de télévision à Moscou. Il a raconté son expérience dans un livre, Rien n'est vrai tout est possible : aventures dans la Russie d'aujourd'hui, paru l'année dernière aux éditions Saint-Simon. Il travaille pour le think-tank Legatum Institute, à Londres.

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