Chaque semaine, la rédaction du magazine «Books» décortique les longs formats des revues et sites anglo-saxons. Morceaux choisis.
La croisière s’amuse en Antarctique
Il y a deux ans, le romancier Jonathan Franzen décidait de dépenser l'argent d'un héritage dans un voyage exceptionnel : une croisière autour des îles Malouines et de la Géorgie du Sud, à proximité du cercle antarctique. Grand amateur d'ornithologie, Franzen opta pour un bateau affrété par l'organisation scientifique National Geographic. Prix minimum par personne : 22 000 dollars les trois semaines. A bord, Franzen eut droit aux plaisanteries d'une sorte de GO des glaces (un «chef d'expédition» à l'enthousiasme forcé), à d'interminables parties de bridge, à des dîners servis par un personnel révérencieux et à des photos, beaucoup, beaucoup de photos (séances de pose pendant les promenades sur la glace ; séances de pose pendant les excursions en Zodiac ; cours de photographie sur le bateau ; projection, le dernier jour, d'un diaporama des plus belles photos du séjour…) Pour les médecins, juristes et autres représentants de la classe moyenne supérieure occidentale qui participaient à la croisière, «le but affiché était de ramener des images à la maison». Au cas où leurs compétences n'auraient pas suffi, les organisateurs avaient prévu un vidéaste à plein temps (film en vente à la fin du voyage) et même un drone chargé de ramener des images de lieux inaccessibles. En revanche, il n'y avait à bord ni spécialistes des oiseaux, ni livres pour accompagner leur observation.
Auteur : Jonathan Franzen a été rendu célèbre par son troisième roman, Les Corrections, qui s'est vendu à trois millions d'exemplaires à travers le monde. Le quatrième, Freedom, lui a valu la couverture de Time, assortie du titre : «Grand romancier américain». Son dernier opus, Purity, vient de paraître en français aux éditions de l'Olivier.
Les deux Casanova
Il y avait le Casanova libertin, amant légendaire aux innombrables conquêtes, aussi bien féminines que masculines ; mais il y avait aussi le Casanova conservateur, l'homme d'Ancien régime qui voyait d'un mauvais œil la Révolution française, critiquait le scepticisme des Lumières et trouvait des vertus à la superstition (lors d'un séjour à Paris, ce fervent catholique réussit à convaincre Madame d'Urfé de sa capacité à la «régénérer» en homme). Près de trente ans après la mort de Giacomo Casanova, un professeur de français du nom de Jean Laforgue se vit confier la tâche d'éditer son autobiographie : un copieux manuscrit (quatre mille pages) rédigé en français sous le titre Histoire de ma vie. Républicain convaincu, anticlérical notoire et garant de la morale publique, ledit Laforgue n'hésita pas à censurer les passages qui lui déplaisaient - soit qu'il les jugeait trop osés, soit qu'il les trouvait réactionnaires. Sa version du texte a fait autorité pendant plus d'un siècle, avant que ne soit rétablie l'originale.
Auteur : David Coward est professeur émérite de français à l'université de Leeds. Il a signé une traduction en anglais de Belle du Seigneur.
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