Elle doit réduire les inégalités sociales, elle les accroît. Elle doit construire une société solidaire, elle érige une société de solitaires résignés. Voilà le constat construit par la sociologue Joanie Cayouette-Remblière, chercheure à l'Institut national d'études démographiques (Ined) dans son dernier ouvrage : l'Ecole qui classe. L'analyse du parcours de 530 élèves suivis à travers leurs bulletins scolaires, du primaire au baccalauréat, incite à retitrer le livre : «L'école qui déclasse». «Il est d'usage de regretter que l'école ne parvienne guère à réduire les inégalités sociales[…]. Le problème est autrement plus complexe : le système scolaire participe lui-même à la formation des inégalités sociales.» Mieux, le «mauvais élève» intériorise son échec et se sent responsable. Voilà le déclassement accepté. Interpellée la semaine dernière par Thomas Piketty dans le Monde à propos d'une étude sur l'absence de mixité sociale dans les collèges parisiens, la ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, propose une curieuse réponse : «Bien sûr que les travaux scientifiques sont utiles. Mais de grâce, arrêtons les leçons ! Penser que l'on pourrait imposer autoritairement la mixité sociale, en supprimant au passage une partie de la liberté de choix des parents, c'est entretenir une forme d'illusion qui aboutit à l'immobilisme.» Soit, ne bougeons pas. Un jour peut-être faudra-t-il chercher un modèle ailleurs. Au Danemark, par exemple, où l'«université populaire» fait avancer toute la classe d'un même pas.
Critique
L’école qui déclasse ?
Publié le 12/09/2016 à 17h11
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