Etat d'urgence en France et en Turquie, Patriot Act aux Etats-Unis, zones de «non-droit» à la Guantánamo… «Nous vivons à l'époque de l'exceptionnalité», écrit la philosophe Marie Goupy : le rythme de l'action politique est désormais indexé sur celui des «crises». A toute nouvelle mesure d'exception, immanquablement, les mêmes questions se posent : la démocratie libérale peut-elle déroger à son propre droit sans se perdre ? Et si certains gouvernements faisaient un mauvais usage des lois d'exception ? En réalité, ces interrogations en masquent une autre, plus fondamentale : l'état d'exception pourrait finalement être indispensable à la survie de l'ordre libéral. La thèse de Marie Goupy, maîtresse de conférences à l'Institut catholique de Paris, repose sur une relecture de Carl Schmitt - penseur décidément à la mode ces derniers temps. Elle plonge à l'origine du concept d'état d'urgence, dans l'entre-deux-guerres et, déjà, la «crise du parlementarisme». Pour la philosophe, les Etats libéraux ont rationalisé le champ social, ont dépolitisé le monde, et le recours à l'exception serait devenu l'unique moyen de sauvegarder le système. «C'est à l'exercice répété des pouvoirs de crise que l'on doit attribuer leur paradoxale stabilité.» L'état d'exception serait « tragiquement le dernier lieu de la décision politique».
Critique
… à l’état d’exception vu par une philosophe
ParSonya Faure
Publié le 14/12/2016 à 19h26
Pour aller plus loin :
Dans la même rubrique
Nos newsletters

Alerte Libé
Les alertes, infos et enquêtes Libé à ne pas manquer

Libé Matin
Le brief matinal idéal pour bien commencer la journée

Opinions
Les billets, éditos, tribunes ou chroniques qui font débat

Toutes nos newsletters
Actualité, politique, lifestyle... découvrez toutes nos newsletters

Les plus lus