Quel que soit son préfixe (néo-, post-, dé-), c'est encore et toujours le colonial qui fait scandale. Voilà pour le cru 2016 : deux militantes antiracistes, Fania Noël et Sihame Assbague, annoncent la tenue, à Reims au mois d'août, d'un «camp d'été décolonial» : il alternera formations («Violence et harcèlement policier : droits et recours») et ateliers pratiques («Les règles d'or d'une bonne communication») pour apprendre à résister au «racisme d'Etat» via des ateliers sur les violences policières ou le «racisme médical». Une précision, de taille, va déclencher un tollé : l'entrée est réservée aux «personnes subissant à titre personnel le racisme». En clair, le camp décolonial est interdit aux Blancs. Même à ceux qui vivent avec un descendant d'immigré, s'affole le Figaro. Une «injure faite au combat antiraciste et à la République», une «logique folle et dangereuse» pour Alain Jakubowicz, le président de la Licra, qui en perd son sang-froid et compare le camp à une réunion du Ku Klux Klan. Les organisatrices, elles, assument leur «coup de force» : les «racisés» (lire ci-dessous) ne s'émanciperont que loin du regard des Blancs. La question de la non-mixité n'est pas nouvelle : le mouvement américain pour les droits civiques, dans les années 60, ou le féminisme des années 70 sont passés par cet «entre-soi», étape nécessaire selon eux dans l'émancipation. Mais s'ils sont exclus des universités d'été antiracistes, qui donc alors apprendra aux Blancs à décoloniser leur imaginaire ? S.F.
Nos newsletters

Alerte Libé
Les alertes, infos et enquêtes Libé à ne pas manquer

Libé Matin
Le brief matinal idéal pour bien commencer la journée

Opinions
Les billets, éditos, tribunes ou chroniques qui font débat

Toutes nos newsletters
Actualité, politique, lifestyle... découvrez toutes nos newsletters

Les plus lus