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Chronique «Si j'ai bien compris»

Vive la République et vive le fric

Les femmes et hommes politiques qui en ont détourné le plus d’euros ne seraient-ils pas ceux capables d’en faire gagner plus ? Les électeurs veulent miser sur les gagnants.

François Fillon lors d'une réunion publique à Maisons-Alfort (Val-de-Marne), hier. (Photo Albert Facelly pour Libération)
Publié le 24/02/2017 à 17h37

Si j'ai bien compris, François Fillon est en train de sortir du trou ou de remonter la pente ou de revenir de loin par la grande porte: en un mot, des sondages ne le mettent plus au plus bas. Il faut dire que ce qu'ont montré les révélations du Canard enchaîné est surtout que le candidat de «la Manif pour tous» aime l'argent et que, somme toute, c'est un goût assez partagé parmi la population. Aussi bien, ça a pu le rapprocher du peuple.

Voyons Donald Trump : on aime bien voter pour quelqu'un qui sait y faire, question flouze. Il y a des pauvres pour croire que les riches portent bonheur. Et puis les atermoiements du candidat ont aussi dû faire excellent effet : «si je suis mis en examen, je n'y vais pas», puis «si je suis mis en examen, c'est une honte et une injustice, j'y vais quand même», «la presse et la justice, no pasarán». Françaises et Français ont dû se dire qu'il ne fallait pas accorder trop d'importance aux ambitions d'économies drastiques de François Fillon concernant la Sécurité sociale et la réduction du nombre des fonctionnaires. Ça va ça vient, les convictions. En plus, ce qui scandalise tellement, dans l'affaire des présumés emplois fictifs, c'est que ça venait d'un homme qui prônait une extrême rigueur pour les autres. Mais s'il lâche sur la rigueur, il est à moitié pardonné. Un homme pragmatique, ça plaît toujours. Passer la monnaie, passer l'éponge, c'est un truc qui a fait ses preuves. Il a amendé son plan santé. Il va nous soigner, mais moins brutalement.

Une des raisons avancées pour expliquer que les soupçons d’emplois fictifs aient fait plus de tort à François Fillon qu’à Marine Le Pen est que ce ne serait pas la même chose, l’enrichissement personnel et l’enrichissement de son parti. Enrichir son parti, ce serait la preuve qu’on y croit. A cela près, dans le cas du Front national, qu’on a l’impression que, de père en fille sans parler d’une nièce, le parti est assez personnel. Là aussi, la famille, c’est sacré. Question taxation de l’héritage, elle est plutôt rassurante, Marine Le Pen. Electoralement parlant, elle a su faire fructifier celui de son papa, et financièrement elle ne s’en tire pas mal non plus, si Jean-Marie avance six millions d’euros à la petite. De toute façon, les pauvres ont besoin des riches qui entretiennent l’espoir. On les combat, mais pour prendre leur place. Marine Le Pen, elle sait aussi dédiaboliser l’argent, de même qu’elle s’échine à blanchir le Front national qui, au demeurant, n’a jamais été tellement basané, quoiqu’assez brun.

Il faudra aller chercher l’enthousiasme avec les dents si vient le moment de crier «allez François, allez François». Peut-être que François Fillon remportera l’élection sans que grand monde ait le sentiment d’avoir gagné. Alors qu’avec Marine Le Pen, il y en a qui ne bouderaient pas leur plaisir. De même qu’il y a des climatosceptiques, tandis que ça commence à chauffer, il y a des politicosceptiques qui doutent des capacités de nuisance du Front national. Espérons qu’on ne paiera pas tous pour les détromper. Là, il ne s’agit pas d’ergoter sur 2040 ou 2060, il y a une date précise, et elle est proche, après laquelle il risque d’être trop tard. Si j’ai bien compris, on va peut-être se retrouver avec un nouveau jour férié, le 7 mai, jour de la victoire avec défilé des patriotes.

(Prochain «Si j’ai bien compris…» le 11 mars.)

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