Menu
Libération

Hanouna et Brigitte Macron en com de crise

Le groupe Lagardère leur a offert la semaine dernière les couvertures de ses deux magazines stars, «Match» (à Cyril) et «Elle» (à Brigitte).

Le couple présidentiel, le 11 juin 2017 au Touquet. (AFP)
Publié le 20/08/2017 à 20h06

Sortez les pagaies ! Voici, la même semaine, que deux rich and famous, cibles de la sourde colère des multitudes anonymes des réseaux sociaux, doivent rafistoler leur image. A force d'obsession homophobe, sanctionnée par le CSA, Cyril Hanouna, animateur star du groupe Bolloré, est en passe de faire plonger les comptes de la chaîne qui l'emploie. Quant à Brigitte Macron, elle a déclenché contre elle une pétition en ligne assez confuse mais «tamtamisée» par les médias à la faveur de la vacuité estivale et de la bouderie réciproque qui, depuis le lendemain de l'élection, oppose ces mêmes médias à son mari, élection qu'ils ont pourtant grandement favorisée. Pour tenter de sauver ces deux icônes attaquées, le groupe Lagardère a offert la semaine dernière les couvertures de ses deux magazines stars, Match (à Hanouna) et Elle (à Brigitte Macron).

Deux communications de crise «soft» donc, dans les règles de l’art, la première de ces règles restant inchangée depuis des décennies : faire découvrir le cœur palpitant de l’homme (ou de la femme) derrière le personnage public menacé par l’accident industriel. L’homme ou la femme, chacun le sait, se définit par plusieurs facteurs : la relation au partenaire amoureux et la relation à la famille, ascendante ou descendante. L’animal domestique est possible aussi en cas de défaillance des facteurs susnommés, mais il faut noter qu’aucun des deux personnages n’y a présentement recours.

Iconographiquement parlant, l'opération passe par l'utilisation des accessoires humains idoines, les enfants ou le conjoint. On ne sera pas surpris que Hanouna ait opté pour les enfants (de dos afin de rester méconnaissables, Bianca, 6 ans, et Lino Hanouna, 5 ans, frottent leur menton contre la barbe de papa en couverture du magazine), tandis qu'Emmanuel Macron, 39 ans, déambule avec une gravité jupitérienne sur le perron arrière de l'Elysée dans les pages de Elle en compagnie de Brigitte. A noter, pour Hanouna, un bonus : la présence sur deux photos de pages intérieures de ses «vieux potes» d'enfance, Jean-Rachid, Harry et Franck, présence signifiant la fidélité du sujet à ses origines prolétariennes (il a grandi aux Lilas, dans le 9-3). Aujourd'hui, les «vieux potes» jouent au tennis avec lui, et se laissent promener dans les allées de la propriété des hauteurs de Cannes dans une voiturette de golf (pardon, une Mini Moke, petit véhicule tout-terrain, dont Wikipedia nous apprend qu'elle a fait des apparitions dans James Bond et Fantômas).

Pour le reste, les deux interviews sont ultra-classiques : l'amour, toujours l'amour. Si elle n'avait pas épousé Emmanuel, Brigitte serait passée «à côté de sa vie». Cyril est avec la même femme «depuis treize ans» nous explique la légende d'une photo (saluez l'exploit). Et l'argent, le maudit argent qui excite les jaloux ? Brigitte ne «sera pas payée» dans son job de première dame. Cyril ne gagne pas autant qu'on l'a dit, et aimerait tellement le redistribuer, son argent. D'ailleurs il y a bien plus important que l'argent, c'est la fidélité à ses racines. D'où la présence des «vieux potes» dans sa propriété Neverland-like, où les principales activités estivales, outre la conduite de Mini Moke, consistent à sauter habillé dans la piscine (bonus décryptage : Hanouna saute avec une chemise déjà mouillée, d'où l'on déduit que plusieurs prises ont été nécessaires).

On ne saurait enfin oublier «lézautres», c'est-à-dire le caritatif. Brigitte souhaite se pencher sur les autistes, tandis que Cyril aimerait créer «quelque chose comme les Restos du cœur, mais concernant le logement» (ce qui ne l'empêche pas d'être aussi, parallèlement, «un militant de l'inclusion par le rire»).

Plus neuf est le discours d'accompagnement de l'opération, le récit homérique des coulisses du scoop. Cette fois, c'est l'exploit des journalistes qu'il s'agit de célébrer, et leur puissance de persuasion. Car le pipeule en couv, savez-vous, ne voulait pas s'exposer. Mais alors vraiment pas. Brigitte Macron fut longue à convaincre (en dépit de ce que pourrait laisser penser la collection complète de fausses «paparazzades» du couple). Après «un travail d'approche assez long», il a fallu «créer une atmosphère intime, dans un salon de l'Elysée» confie à BFM Erin Doherty, la rédactrice en chef de Elle. Hanouna fut tout aussi difficile à convaincre confie Catherine Tabouis (journaliste à Match-Lagardère) à Caroline Bonacossa (journaliste à Europe 1-Lagardère). D'ailleurs, ses enfants sont photographiés «pour la première et vraisemblablement la dernière fois». Heureusement, Match avait un allié dans la place : le conseiller en com de Hanouna. Heureuse coïncidence, il s'appelle Yannick Bolloré, et c'est le fils du patron en personne. Dans ces conditions, comment refuser?

Dans la même rubrique