«J'ai découvert Edward Said lors de mes études d'art à la Villa Arson, à Nice, en même temps que Judith Butler ou Roland Barthes. Mais l'Orientalisme a fait écho à mon parcours personnel. Mon père est franco-marocain, et, tout d'un coup, je "découvrais" que ce qu'on nous avait transmis était en fait une image fabriquée issue des fantasmes que l'Occident avait projetés sur le Maghreb, notamment. Même la décoration, chez mes parents, avait intégré les affiches publicitaires à la Majorelle, le décor typique des dépliants touristiques… Soudain, ce qui m'avait semblé aller de soi devenait aberrant.
«Je vais souvent au Maroc et j'ai emmené avec moi l'Orientalisme comme on emmène un livre de voyage. C'est une lecture difficile, j'ai parfois dû me battre avec lui. Il est pourtant devenu pour moi un guide pratique pour voir autrement ce que j'avais toujours eu devant les yeux. Said montre comment l'orientalisme est la construction occidentale d'un Autre fantasmé, dans un rapport de domination. Mais ce qui m'a intéressé surtout, c'est de voir comment ces autres, dans un mouvement de va-et-vient, se sont réapproprié cette imagerie dans la culture populaire marocaine ou même dans l'histoire de l'art du pays. Said analysait avant tout les œuvres littéraires, mais dans les arts visuels aussi, sa pensée peut avoir des implications incroyables. Pendant deux ans à la Villa Arson, je me suis livrée à une relecture orientaliste d'Œdipe roi de Pasolini, tourné à Ouarzazate, j'ai réalisé des collages confrontant des images de films ou des photographies puisées dans l'époque coloniale. Depuis 2015, je travaille avec Nicolas Carrier autour du dépassement de l'opposition moderniste entre nature et culture. Edward Said est devenu un vieil ami.»
Marie Ouazzani présente une vidéo dans l’exposition collective «Inventeurs d’aventures ép. 2.» centre d’art de la Villa Arson à Nice, jusqu’au 7 janvier.




