Contrairement à
de nombreuses villes en pays yorouba, Ibadan a été fondée tardivement en 1829 par
des réfugiés des guerres qui ont provoqué l'effondrement du royaume d'Oyo. Réunissant
des guerriers de toute la région, la ville d'Ibadan est avant tout un camp
militaire. Cette orientation belliqueuse lui assure la domination d'une vaste
partie de ce qui va devenir le sud-ouest du Nigeria avant le début de la
colonisation britannique en 1893. Sa domination n'est pas que militaire, elle
est aussi commerciale. En attirant, des hommes et des femmes de toute la région,
Ibadan connait une croissance démographique sans précèdent et atteint les 100
000 habitants à la fin du XIXe siècle.
Les Britanniques
déjà présents à Lagos en 1861 considèrent les guerres continuelles dans le pays
yorouba comme une menace pour le commerce et la stabilité de la région. En
utilisant la menace militaire et une diplomatie agressive, ils s'imposent en
1893 aux autorités de la ville. La tactique déjà utilisée dans de nombreuses régions
d'Afrique est de signer un traité qui reconnait l'autorité du gouvernement
britannique sur les territoires dominés par Ibadan contre l'instauration d'une pax britannica. La construction de Mapo
Hall vise à mettre en scène cette soumission. En y écoutant les doléances des
chefs de la ville, l'administrateur colonial assoit son pouvoir.
L’exploitation
coloniale des ressources africaines prend alors son essor : caoutchouc,
palmiers à huile et cacao d’Ibadan doivent dès lors profiter à l’économie
impériale britannique. Que ce soit dans le domaine de la justice, l’éducation
ou les moyens de transport, toute l’administration coloniale vise à exploiter
l’économie de la ville et les revenus cacao en particulier. Symbole
architectural de cette importance du cacao vendu à des entreprises comme
Cadbury, la Cocoa House est le plus
haut gratte-ciel d’Afrique subsaharienne au moment de sa création en 1965.
Ibadan devient le visage d’une conception coloniale de la modernité.
Cocoa House, Wikipedia, CC BY-SA 4.0
Cette réussite
commerciale se traduit aussi par un investissement dans l’éducation. L’Université
d’Ibadan construite en 1948 est la première université du Nigeria. Elle rompt
ses liens avec l’Université de Londres en 1962 et attire de nombreux étudiants
d’Afrique de l’ouest anglophone. Les historiens africains de l’université sous
la direction de Kenneth Dike seront connus sous le nom de l’Ecole d’Ibadan, une
école spécialisée dans l’étude de l’histoire de l’Afrique grâce aux sources
africaines orales et écrites.
Université d'Ibadan, avril 2018, photographie par Vincent Hiribarren, CC-BY-SA
La période des années
1950 est comme dans tout le Nigeria une période hautement politique. Dans la
ville d’Ibadan, la compétition pour les titres de chefs fait rage et un
politicien du nom d’Adegoke Adelabu devient une figure renommée avant sa mort
en 1958. Ce dernier transforme Ibadan en ville dissidente en s’alliant au parti
du National Council of Nigeria and
Cameroons qui est un parti de la région Est. Ainsi, Adelabu tente de
déloger du pouvoir le premier ministre de la région Ouest, Obafemi Awolowo qui
lui obtient les suffrages du reste de la région Ouest grâce à son parti,
l’Action Group.
La guerre civile
et les régimes militaires interrompent ce jeu politique intense et la ville passe
au second rang au profit de Lagos, Kano ou Abuja. Il n’en reste pas moins que
son rôle commercial ne diminue pas et que la ville n’est pas entièrement
dépendante de l’économie pétrolière comme le sont tant de villes du Nigeria.
Dans le domaine de la recherche scientifique, Ibadan a continué à entretenir sa
réputation en abritant le International
Institute of Tropical Agriculture une enclave située au nord de la ville
spécialisée dans l’amélioration des plantes tropicales.
Si aujourd’hui
Ibadan n’est plus la ville la plus importante du Nigeria, elle n’en reste pas
moins la capitale d’Oyo State l’un des Etats les plus importants de la
fédération du Nigeria. L’administration de l’Etat est située à Ibadan et le
poste de gouverneur de l’Etat reste un poste-clef pour la politique nationale.
Pour en savoir
plus :
Falola, Toyin, Ibadan: Foundation, Growth and
Change 1830-1960 (Ibadan: Bookcraft, 2012)
Soyinka,
Wole, Ibadan: The Penkelemes Years: A Memoir: 1946-1965 (London:
Methuen, 1994)