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tribune

Monsieur le Président des «otages»

Plusieurs écrivains reviennent sur les déclarations d’Emmanuel Macron lors de son déplacement à Saint-Dié-des-Vosges le 18 avril. Sur le sens des mots.

Emmanuel Macron avec des manifestants, à Saint-Dié-des-Vosges, le 18 avril. (Photo Pascal Bastien pour Libération)
Par
Didier Daeninckx
écrivain
Gérard Mordillat
écrivain et cinéaste
Jean-Marc Salmon
Chercheur en sciences sociales
Laurent Binet
Annie Ernaux
Ecrivaine
Publié le 24/04/2018 à 18h16

Lors de votre récent déplacement à Saint-Dié-des-Vosges, le 18 avril, vous avez été interpellé par des manifestants auxquels vous avez intimé l’ordre de «ne pas être insultants». Quelques minutes plus tard, pourtant, lors d’un échange avec un cheminot gréviste, vous n’avez pas hésité à faire ce que vous interdisiez à vos détracteurs, enjoignant aux syndicalistes de la SNCF de «cesser de prendre les gens en otages». Il y a seulement quelques semaines, l’Histoire vous avait mis dans la position de rendre hommage à un otage, à un homme privé de sa liberté, et qui a payé de sa vie son courage, sa détermination, sa générosité. La mort héroïque du colonel Arnaud Beltrame, victime du terrorisme, a marqué tous les esprits, et elle a redonné à nombre de mots usés leur sens premier. Comme celui d’otage. Ce mot résonne aussi en écho à l’histoire du rail, puisque l’un des principaux dirigeants syndicalistes cheminots, Pierre Sémard, a été pris en otage par l’armée nazie d’occupation et fusillé le 7 mars 1942 avec d’autres militants ouvriers. Son souvenir reste vivace, et c’est d’une certaine manière amoindrir son message que d’utiliser les mots à mauvais escient pour stigmatiser ceux qui ont pris sa relève. Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde.

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