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Interview

Thierry Paquot : «Les lieux contribuent indéniablement à faire de nous ce que nous sommes»

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Maison revêche, habitants grincheux ? Maison plate, existence morne ? Dans son dernier essai, le philosophe de l’urbain nous invite à nous demander ce que signifie habiter. Un questionnement qui sonde à la fois ce que nous sommes, mais aussi notre relation à autrui et notre façon d’être au monde.

(Dessin André Derainne pour Libération)
ParCatherine Calvet
(Dessin André Derainne)
Publié le 03/07/2020 à 17h31

Dans son dernier livre, Demeure terrestre (éd. Terre urbaine), le philosophe de l'urbain, Thierry Paquot, mène une investigation approfondie et érudite sur ce que signifie habiter. Une enquête vagabonde, dit-il, sur ces lieux où l'on pose ses valises pour un temps ou pour la vie. Habiter est bien plus qu'une histoire de maison, de demeure, de logis, c'est une aventure existentielle qui passe aussi par la mort. La lecture de Demeure terrestre est passionnante mais aussi réconfortante, presque comme un retour à la maison après une longue absence.

Ce livre vous habite-t-il depuis longtemps ?

J’y travaille depuis plus d’un quart de siècle. Dans un coin de ma mémoire sont emmagasinés des souvenirs, plus ou moins précis, liés aux appartements familiaux successifs, aux locations estivales, à mes propres logements, ces lieux m’accompagnent. A dire vrai, ce sont les personnes que j’y croisais ou avec qui je cohabitais qui sont présents dans cette anamnèse.

Pourtant, vous commencez votre livre par une fin, le récit de l’accompagnement de votre père vers sa dernière «demeure terrestre». Est-ce une autobiographie topologique ?

En tant que mortel, je ne peux ignorer la conclusion de notre destin. Aussi, je relate la mort de mes parents pour constater qu'ils sont encore présents dans mon monde bien qu'enterrés dans une banlieue bétonnée. C'est un prétexte pour reconnaître qu'à partir de la mort, je peux philosopher sur la vie et que celle-ci se déploie, dans ses arabesques enchevêtrées - qui a un parcours en ligne droite ? -, dans des lieux, agréables ou non. Me souvenant d'eux, je me souviens de celles et ceux qui les comblaient, de leurs rires, de leurs silences, de leurs rêves. Gas

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